Archimandrite Cyrille (Bradette)

 

 

 

 

 

 

 

Autopsie dĠune crise.

Controverse entre lĠƒglise orthodoxe roumaine dĠAmŽrique

et le Monastre de la Protection de la Mre de Dieu

ˆ Wentworth au QuŽbec.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Point final.

Wentworth, Pentec™te 2018

Avant-propos

Maintenant que la poussire est retombŽe et que notre vie sĠest de nouveau stabilisŽe, nous croyons utile de faire ce post mortem afin dĠarriver ˆ nous relever de ce choc post-traumatique. Ce document a pour but de mettre un point final sur notre passage dans lĠƒglise roumaine.

Dans le respect des rgles canoniques, jĠai demandŽ le 1er mai 2016, ˆ lĠArchevque Nicolae la permission de chercher ailleurs un Žvque prt ˆ recevoir la CommunautŽ monastique de la Protection de la Mre de Dieu sous son omophore. La situation que nous vivions exigeait un changement de Juridiction, cĠŽtait pour nous la condition pour poursuivre notre engagement dans lĠOrthodoxie et rŽpondre ˆ lĠappel de Dieu dans la vie monastique. Je veux ici exposer les raisons de cette dŽcision importante en rappelant les faits et sans porter de jugement. Vous trouverez en annexe tous les documents pertinents dŽmontrant la transparence de ma dŽmarche.

Les personnes qui dŽsirent avoir le texte avec les annexes peuvent le demander au Monastre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Historique

En juillet 1994, aprs un pŽriple dans les ƒglises ukrainienne et grecque non canoniques, jĠai ŽtŽ reu comme hiŽromoine dans lĠƒglise orthodoxe en AmŽrique par Mgr SŽraphim Archevque dĠOttawa. Les moines tonsurŽs dans cette ƒglise Žtaient dispersŽs et avaient des responsabilitŽs pastorales paroissiales. Ils nĠavaient aucun intŽrt pour la vie monastique.  Ë lĠŽtŽ 2004, au moment de son ordination Žpiscopale ˆ MontrŽal, jĠai demandŽ ˆ Mgr Nicolae sĠil y avait une place pour un monastre dans sa pastorale diocŽsaine. Alors avec la bŽnŽdiction de Mgr SŽraphim, je suis passŽ ˆ lĠƒglise roumaine et jĠai fondŽ la CommunautŽ monastique de la Protection de la Mre de Dieu. En aožt 2004 je recevais les lettres patentes du gouvernement du QuŽbec selon la loi sur les corporations religieuses (Annexe I). En octobre 2004, lĠArchevque me nommait higoumne de la CommunautŽ en dŽfinissant mes t‰ches (Annexe II) et en novembre suivant, la CommunautŽ Žtait inscrite officiellement dans le diocse. (Annexe III)

Ds le dŽbut jĠai voulu exprimer clairement nos objectifs. Notre premier but est de vivre la vie monastique selon la tradition des ƒglises orthodoxes. Ces objectifs se trouvent sur notre dŽpliant publicitaire : Bien que dĠobŽdience roumaine, notre monastre se veut dĠexpression franaise pour mieux incarner lĠƒglise orthodoxe au QuŽbec. De vocation ÏcumŽnique, il accueille les chrŽtiens de toute dŽnomination qui veulent approfondir leur foi au contact de la spiritualitŽ chrŽtienne orientale, telle que vŽcue par les orthodoxes. Nous ne voulions pas nous enfermer dans une enclave ethnique quelle quĠelle soit, roumaine ou quŽbŽcoise.  Nous avons toujours dit que notre monastre, idŽalement, serait ˆ lĠimage de lĠorthodoxie en AmŽrique. Des moines de toutes les origines ethniques qui accepteraient de vivre ici et en franais leur expŽrience monastique.

Ayant Žtabli les bases de notre projet de vie, je dis notre parce que M. Denis Marier sĠŽtait joint ˆ moi pour le vivre, nous avons cherchŽ un lieu o nous Žtablir et crŽer un vŽritable Monastre. CĠest ˆ Wentworth que les signes de Dieu nous ont conduits.

Aprs avoir vendu ma maison de Pointe-aux-Trembles, jĠavais la moitiŽ de la somme quĠon demandait pour la propriŽtŽ. Alors M. Grigore Alexandru nous a offert de nous prter la diffŽrence. Ainsi, le 19 aožt 2005, la CommunautŽ monastique orthodoxe de la Protection de la Mre de Dieu devenait propriŽtaire de 11 acres de terrain et des constructions qui sĠy trouvaient. Plusieurs bŽnŽvoles sont venus nous aider ˆ transformer le garage en Žglise et la bŽnŽdiction eut lieu le 7 octobre suivant par lĠArchevque Nicolae assistŽ de plusieurs prtres de diffŽrentes Juridictions. Les Roumains du QuŽbec dŽcouvraient ici un lieu qui leur rappelait les monastres si nombreux en Roumanie et o ils aimaient aller se ressourcer spirituellement.

En janvier 2006, M. Marier Žtait tonsurŽ au rassophorat et recevait le nom de Frre ƒlie.

En 2007, nous entreprenons la construction dĠun agrandissement de la maison pour avoir des chambres, un espace bibliothque et un atelier de travail. Ces travaux ont ŽtŽ rendus possibles gr‰ce au Frre ƒlie qui les a assumŽs en utilisant ses REER. Cette mme annŽe, jĠai accueilli le Pre Daniel Baeyens qui Žtait expulsŽ de Rawdon par la communautŽ russe. Ë sa demande, je lĠai relevŽ de ses liens avec la CommunautŽ en 2015.

En fŽvrier 2008, Pre Jean Cassien qui allait devenir Žvque vicaire pour lĠArchidiocse, venait sĠŽtablir au Monastre et il y est restŽ jusquĠˆ son ŽlŽvation comme Žvque du Canada en 2017.

En 2009, Mme Anne Lavoie nous demandait de joindre lĠƒglise orthodoxe pour vivre un projet de vie monastique ŽrŽmitique. Nous avons alors dŽcidŽ de contracter une hypothque et de construire un petit ermitage pour rŽpondre adŽquatement ˆ ses aspirations. Aprs un sŽjour en Roumanie pour explorer la vie monastique, elle est revenue au QuŽbec pour continuer son Noviciat. Elle nous a quittŽs en 2010 pour des raisons de santŽ.

Le dŽveloppement rapide de notre projet demandait quĠon trouve un moyen de gŽnŽrer des revenus supplŽmentaires. Les dons des fidles, bien que gŽnŽreux, ne suffisaient plus. Le Frre ƒlie avec lĠaide de M. Grigore Alexandru et M. Lucian Voiculet ont alors montŽ un atelier de cierges en cire dĠabeilles pour les offrir aux paroisses qui acceptaient de nous soutenir. La rŽponse a ŽtŽ suffisante pour nous permettre de rembourser notre dette ˆ M. Alexandru et notre hypothque ˆ la banque.

En octobre 2011 nous avons reu tous les moines dĠAmŽrique pour une premire synaxe avec les Žvques. Cette mme annŽe, aprs la fermeture de la mission de Sept-Iles, jĠai acceptŽ que le Pre Olimpiu Marginean se joigne ˆ nous pour la vie liturgique.

En 2012, Pre Cyrille publie son livre : Ç De lĠimage ˆ la ressemblance È sur la lecture des ic™nes des ftes majeures.

En 2014, nous avons construit le chemin de ceinture de la propriŽtŽ et nous avons emmŽnagŽ un emplacement pour un cimetire. Ensuite nous avons couvert la terrasse pour pouvoir lĠutiliser ˆ son maximum et nous avons construit un abri permanent pour les autos. Cet abri sĠest avŽrŽ fort utile pour les agapes en certaines circonstances.

Il nous restait encore un projet que nous chŽrissons depuis longtemps : construire une Žglise de style Maramures. Certains de nos fidles ont alors dŽcidŽ de lever une campagne de financement et ont crŽŽ des activitŽs sociales qui ont bien rapportŽ. Certains donateurs nous ont fait des dons importants et quelques-uns sĠŽtaient engagŽs ˆ doubler leur mise au dŽbut des travaux.

Dans le respect de chacun et de ses responsabilitŽs, nous avons ainsi vŽcu dans lĠharmonie  au service de la communautŽ orthodoxe pendant plus de dix ans.

 

 

 

 

 

La crise

En 2015 le Synode roumain dŽcidait de diviser lĠArchidiocse dĠAmŽrique pour fonder un diocse au Canada. Pour obtenir son enregistrement lŽgal, lĠInstitution doit prŽsenter une constitution qui expose son mode de fonctionnement. Mgr Jean Cassien a ŽtŽ mandatŽ pour prŽparer ce document. Il a envoyŽ aux diffŽrents responsables des Monastres une premire Žbauche de son texte pour le chapitre des monastres en nous demandant de lui faire part de nos rŽactions.

JĠai rapidement rŽagi en exprimant mon dŽsaccord sur ce chapitre parce quĠil dŽsavoue lĠautoritŽ de lĠhigoumne en nommant lĠŽvque supŽrieur de tous les monastres. Dans la tradition monastique, en Orient comme en Occident, lĠŽvque est le chef canonique et spirituel du diocse, il est donc supŽrieur ˆ lĠhigoumne mais il nĠest pas le supŽrieur du monastre. CĠest une distinction fondamentale. (On peut trouver le texte de cette Constitution sur le site du diocse roumain du Canada. Il est publiŽ en roumain et en anglais. Pour un quŽbŽcois, cĠest inadmissible que le  texte ne soit pas aussi en franais).

A toute fin pratique, ce projet de nouvelle Constitution de lĠƒglise roumaine place tous les monastres en tutelle en donnant ˆ lĠŽvque lĠautoritŽ de lĠabbŽ. LĠauteur dit sĠappuyer sur la Constitution de lĠƒglise orthodoxe en AmŽrique, or cette Constitution dit que lĠŽvque est le superviseur des Monastres et non le supŽrieur. Il est possible que lĠimposition dĠune tutelle soit appropriŽe dans certains cas et lĠŽvque a lĠautoritŽ de le faire. Ce que nous trouvons abusif cĠest de mettre tout le monde dans le mme bateau comme si les monastres Žtaient des problmes ˆ gŽrer plut™t que des ressources ˆ soutenir. Alors, en vue de prŽparer le Congrs, les moines ont exprimŽ leur point de vue lors dĠune Synaxe tenue ˆ Los Angeles. Aucun compte-rendu nĠa suivi cette rencontre. Comme jĠŽtais absent ˆ la Synaxe, lĠarchevque Nicolae est venu passer trois jours au Monastre pour tenter de me convaincre de me soumettre ˆ son projet. JĠai vite compris que sa prŽoccupation Žtait plus pŽcunire que pastorale. Il aurait souhaitŽ que je dŽmissionne pour que la propriŽtŽ devienne la rŽsidence Žpiscopale de Mgr Jean Cassien. Il mĠa aussi demandŽ dĠautoriser Mgr Jean Cassien ˆ signer les chques de la CommunautŽ au cas o il mĠarriverait quelque choseÉ ce que, bien sžr jĠai refusŽ. Mgr Jean Cassien Žtait rŽsident au Monastre mais il nĠŽtait pas membre de la CommunautŽ. JĠai donc fait les dŽmarches ˆ la banque pour que le Frre ƒlie soit cosignataire et ainsi rŽpondre aux inquiŽtudes de lĠArchevque. Pendant ce sŽjour nous avons eu de longues et houleuses discussions sur le projet de Constitution.  Rapidement nous nous sommes rendu compte que notre opinion importait peu et que ses intentions Žtaient bien arrtŽes. Nous avons tout de mme fait une proposition dĠamendement en bonne et due forme pour tre soumise au Congrs. (Nous soumettons notre proposition dĠamendement en annexe IV). Selon les rgles dŽmocratiques, cette proposition aurait dž tre prŽsentŽe lors du vote de lĠassemblŽe gŽnŽrale de juillet 2016 mais on lĠa compltement ignorŽe. Le texte final a ŽtŽ votŽ en bloc par des congressistes dont plusieurs nĠavaient pas lu le document, et non article par article comme lĠaurait demandŽ une dŽmarche dŽmocratique, et il a ŽtŽ sanctionnŽ par le Synode de lĠƒglise roumaine ˆ Bucarest en octobre de la mme annŽe.

Pour mieux comprendre le contexte de la problŽmatique il faut expliquer ici que la culture roumaine qui influence le style de gouvernance de lĠƒglise est lĠexpŽrience historique dĠun gouvernement totalitaire de plus de 70 ans. JĠen dŽduit que les Roumains ne comprennent pas que hiŽrarchie nĠest pas synonyme de totalitarisme. Cette culture refuse la consultation et les remises en question. Les Congrs deviennent des simulacres de participation ˆ la vie de lĠƒglise. NĠayant pas la mme histoire, il nous est difficile de nous intŽgrer ˆ cette culture.

La libertŽ dĠexpression et le droit de parole auxquels nous sommes habituŽs chez-nous est interprŽtŽ  comme un acte dĠinsubordination chez eux. CĠest ainsi que notre proposition a ŽtŽ reue. Pourtant notre objectif se rŽsumait ˆ prŽserver notre mission telle que formulŽe par lĠArchevque en me nommant higoumne le 21 octobre 2004 : ConformŽment aux Constitutions monastiques de cette CommunautŽ, en tant quĠhigoumne, le Pre Cyrille sera le premier responsable de la CommunautŽ et de la mission que celle-ci doit accomplir au QuŽbec. Ce nĠest pas nous qui avons changŽ les rgles (Annexe II).

La crise proprement dite a ŽtŽ dŽclenchŽe par une confidence de Frre ƒlie ˆ Pre Olimpiu  ˆ propos de la possibilitŽ de quitter lĠƒglise roumaine si la Constitution Žtait adoptŽe sans amendements. CĠest donc sur une hypothse que le Pre Olimpiu a dŽcidŽ de dŽclencher un mouvement punitif dans le but, selon son expression, dĠabattre le Pre Cyrille.

CĠest alors quĠil a recrutŽ une petite Žquipe de Roumains radicaux pour travailler avec acharnement ˆ notre bannissement de la communautŽ roumaine. Ce mouvement sĠest rapidement gŽnŽralisŽ et ˆ tous les niveaux : clergŽ et hiŽrarchie. Le problme est donc un problme dĠinstitution et cĠest ce qui lui confre sa gravitŽ. Les responsables ont planifiŽ toute une stratŽgie pour nous faire du tort et empcher notre dŽveloppement. Ils ont informŽ la communautŽ roumaine du grand MontrŽal que le monastre est contre les Roumains. Ils ont fait du porte ˆ porte, ils ont fait des tŽlŽphones, ils ont envoyŽ des courriels,  pour empcher les gens de nous faire des dons ou de venir au Monastre et finalement ils ont dŽtournŽ tous nos clients pour les cierges votifs et ils ont convaincu nos bienfaiteurs de nous priver de leurs dons, nous privant ainsi dĠune somme importante de revenus pour assurer lĠavenir de la communautŽ. Le silence des Žvques sur notre situation est Žloquent, puisquĠils avaient ŽtŽ informŽs par Žcrit de la conspiration contre le Monastre (Annexe V).

La solidaritŽ du clergŽ roumain contre le Monastre, alors que nous Žtions encore de lĠArchidiocse, nous a profondŽment scandalisŽs. LĠobjectif poursuivi Žtait vraiment de provoquer la mort de notre communautŽ et nous savons que le but poursuivi Žtait de soutenir lĠautoritŽ Žpiscopale en vue de sĠapproprier nos biens. Nous donnons ici la liste des paroisses roumaines de ce boycott : Saint-Georges ˆ St-Hubert, La RŽsurrection de Hamilton, Saint- George de Windsor, Saint-Mathew dĠOttawa et Sainte-Marie de Gatineau pour les paroisses de la Patriarchie roumaine ; et pour les paroisses du diocse roumain de lĠƒglise orthodoxe en AmŽrique (Vatra) : lĠAscension de MontrŽal, La Protection-de-la-Mre-de-Dieu ˆ Pierrefonds, Saint-ƒlie dĠAnjou, Saint-DŽmŽtrios-le-Nouveau de MontrŽal, Saint-AndrŽ de Laval, Saint-Nicolas dĠOttawa et Saint-Nicolas de MontrŽal.  Je devrais ajouter les paroisses qui, ds le dŽbut, ont refusŽ de nous soutenir.

 

Ainsi le dŽsaccord constitutionnel a justifiŽ la crise ethnique. Ce nĠest pas la premire fois que ce problme surgit dans lĠƒglise, on lĠappelle lĠethno-phylŽtisme (le nationalisme ethnique qui rŽduit le r™le de lĠƒglise ˆ la promotion de la langue et de la culture du pays dĠorigine). Il faut rappeler que cette hŽrŽsie a ŽtŽ condamnŽe ˆ deux reprises par Constantinople et fondŽe sur la proclamation dogmatique de la catholicitŽ de lĠƒglise. Voici la condamnation officielle du racisme ecclŽsiastique ainsi que son argumentation thŽologique. Elle a ŽtŽ publiŽe le 10 aožt 1872. Nous dŽsavouons, censurons et condamnons le racisme, la discrimination raciale cĠest-ˆ-dire, les querelles ethniques, les haines et les dissensions au sein de lĠƒglise du Christ, comme Žtant contraires ˆ lĠenseignement de lĠƒvangile et aux saints canons de nos Pres bienheureux, qui soutiennent la sainte ƒglise et lĠensemble du monde chrŽtien, lĠembellissent et la mnent ˆ la piŽtŽ divine.

Comme on le sait la catholicitŽ est lĠun des quatre ŽlŽments qui dŽfinissent lĠƒglise dans le Credo de NicŽe. Le Pre Florovsky, un grand thŽologien contemporain, en donne une dŽfinition intŽressante : Catholique nĠest pas un nom collectif. LĠƒglise nĠest pas seulement catholique en tant quĠensemble de communautŽs locales; elle est catholique dans tous ses ŽlŽments, dans tous ses actes, dans tous les moments de sa vie. La structure entire, le tissu vivant de son corps est catholique. Chaque membre de lĠƒglise est et doit tre catholique; toute lĠexistence chrŽtienne doit tre organiquement catholique, cĠest-ˆ-dire rŽintŽgrŽe, concentrŽe, intŽrieurement centralisŽe. Le but et le critre de cette unitŽ catholique, cĠest que la multitude des croyants nĠaient quĠun cÏur et quĠune ‰me, comme cĠŽtait le cas ˆ JŽrusalem. (Florovsky, G. Le Corps du Christ vivant : Une interprŽtation orthodoxe de lĠƒglise, p. 27)

Le mŽpris qui dŽferlait sur nous a fini par nous faire perdre espoir dĠtre reconnus un jour comme frres. En tant que quŽbŽcois je trouve triste de voir une catŽgorie dĠimmigrants refuser de sĠintŽgrer ˆ une culture quĠils disent avoir choisie et comme chrŽtien je trouve scandaleux quĠon se serve de lĠƒglise pour crŽer un ghetto quĠon protge en rejetant tout ŽlŽment Žtranger. On est loin du Ç Voyez comme ils sĠaiment È des Actes des Ap™tres. Et que penser de ceux qui arborent le drapeau de leur pays dans lĠŽglise? Comment a-t-on pu chanter le Kondak de la Pentec™te en vivant dans cet esprit de ghetto? Ayant confondu les langues de lĠunivers, le Seigneur du haut des cieux dispersa les nations; mais en partageant les langues de feu, il invite tous les hommes ˆ lĠunitŽ, et tous ensemble nous glorifions le trs Saint Esprit.

Ce problme ˆ lui seul justifiait notre demande de dŽsistement. Comment concŽlŽbrer avec les membres de ce clergŽ? Ai-je eu tort de me sentir expulsŽ par tout le clergŽ de mon ƒglise? A partir de ce moment je savais que la dŽcision de mĠexpulser canoniquement Žtait prise depuis longtemps. CĠest pourquoi ma lettre du 1er mai 2016 (Annexe VI) fonde ma demande sur les effets de la crise. Je nĠai jamais jusquĠˆ ce jour reu de rŽponse ˆ cette lettre. CĠest le jugement de la cour ecclŽsiastique qui mĠa fait comprendre que les ƒvques nient tout simplement lĠexistence du problme.

Ce silence de lĠArchevque nous a ŽtonnŽs.  Six mois plus tard je lui ai envoyŽ une autre lettre en renouvelant ma demande et en ajoutant les raisons liŽes ˆ la Constitution (Annexe VII). Un mois plus tard jĠai envoyŽ un rappel puisque je nĠavais toujours pas de rŽponse (Annexe VIII).

JĠai alors reu une longue lettre me rappelant les canons qui fondent lĠautoritŽ de lĠŽvque dans le diocse et me menaant dĠexcommunication ainsi que les fidles qui nous soutiennent (Annexe IX). Aucune rŽfŽrence au contenu de ma lettre, aucune dŽmonstration que la nouvelle Constitution Žtait le reflet de ce qui se vit en Roumanie. La manire de lire cette lettre Žtait simple : je suis lĠŽvque, je peux faire ce que je veux et tous doivent obŽir. Comme il me demandait de revoir ma dŽcision, jĠai rŽpondu rapidement pour la renouveler et pour rŽagir au contenu de sa lettre en refusant lĠaccusation de contester lĠautoritŽ de lĠŽvque mme si je questionnais la manire de lĠexercer (Annexe X). Entre temps, jĠavais reu lĠinformation que ma demande de dispense serait de toute faon refusŽe. On nous chassait et on nous empchait dĠaller demander ailleurs une reconnaissance canonique (une autre mŽthode apprise par une sociŽtŽ totalitaire).

Pendant lĠannŽe quĠa durŽ ce dialogue de sourds fondŽ sur une dŽficience alarmante de rigueur intellectuelle, jĠai pu rencontrer lĠArchevque IrŽnŽe et le MŽtropolite Tikon pour lĠƒglise orthodoxe en AmŽrique. Les deux Žtaient disposŽs ˆ nous recevoir ˆ condition, bien sžr, dĠobtenir une dispense de lĠƒglise roumaine. Mgr Alexandre de lĠƒglise dĠAntioche, de son c™tŽ, mĠa invitŽ ˆ joindre son diocse. La mme condition sĠappliquait. Nous nĠavions pas beaucoup de choix. Ou bien rester dans une juridiction qui ne voulait pas de nous, ou bien chercher une ƒglise non reconnue. Je ne voulais pas que le Monastre soit sans appartenance ecclŽsiale. CĠest alors quĠon mĠa informŽ de lĠexistence dĠun diocse franais rattachŽ au Patriarcat de Kiev. Le contact avec le MŽtropolite Michel a ŽtŽ trs chaleureux et il sĠest montrŽ tout de suite intŽressŽ par notre recherche. CĠest lui qui nous a ouvert les bras. Je lui ai alors adressŽ une demande officielle (Annexe XI). Il a rŽpondu par deux dŽcrts : un pour recevoir la CommunautŽ et lĠautre pour mĠŽlever au rang dĠarchimandrite mitrŽ, comme on le fait habituellement dans la tradition slave, et aussi en Occident, avec le titre de reprŽsentant de lĠŽvque au Canada (Annexes XII et XIII).

JĠai envoyŽ ces documents ˆ lĠarchevque Nicolae en lui signifiant notre sŽparation unilatŽrale et jĠai publiŽ une lettre ouverte sur le site du Monastre (Annexe XIV). JĠai alors ŽtŽ convoquŽ par le tribunal ecclŽsiastique qui mĠaccusait de schisme sans aucune rŽfŽrence aux causes de ma dŽcision (Annexe XV). Sachant que lĠissue du procs Žtait dŽcidŽe dĠavance, jĠai quand mme envoyŽ ma lettre ouverte aux officiers de la cour pour ma dŽfense et jĠai plaidŽ coupable. Le juge ayant reconnu ma faute, mĠa informŽ que la dŽcision reposait sur la lettre Žcrite au tribunal et ˆ sa demande, par le Pre Olimpiu qui niait avoir complotŽ contre le Monastre et contre moi en jurant nous avoir toujours soutenu inconditionnellement (Annexe XVI). Les motifs de ma demande devenaient alors sans fondements. Selon ma connaissance de la loi, cette lettre de Pre Olimpiu sĠappelle un parjure et au civil serait passible de peines lŽgales. Le jugement ne porte que sur notre adhŽsion ˆ lĠƒglise du Patriarcat de Kiev et ne fait aucune mention des motifs qui nous ont contraints ˆ quitter lĠƒglise roumaine. En foi de quoi on me relve de tous les titres et responsabilitŽs dans le Monastre.  Je dois dire que jĠai reu cette expulsion solennelle comme une libŽration et non comme lĠhumiliation quĠon voulait mĠinfliger et avec la gr‰ce de Dieu je nĠai pas succombŽ ˆ la tentation dĠabandonner le Christ et lĠƒglise.

Le clergŽ avait enfin une bonne raison dĠinterdire le Monastre ˆ leurs fidles. Ç Le pŽchŽ de frŽquenter le Monastre est plus grave que de visiter une Žglise catholique È. JĠomettrai lĠauteur de la citation. Enfin un communiquŽ officiel dĠun auteur anonyme, sur le site de lĠArchidiocse roumain, (Annexe XVII) pouvait tre interprŽtŽ comme un avis dĠexpulsion. LĠauteur qui reprend mot ˆ mot la lettre que lĠarchevque mĠavait adressŽe, ne rŽpond pas non plus au fond de la controverse. Je me devais donc de rŽagir aussi ˆ ce texte. Ce que jĠai fait en le publiant sur le site du Monastre (Annexe XVIII).

 Il est facile de constater que du dŽbut ˆ la fin de la controverse, nous avons ŽtŽ confrontŽs ˆ un refus dĠaborder les vrais points du litige. En donnant ici les documents pertinents chacun peut se construire un jugement plus juste de la situation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les fondements de notre rŽaction

Je trouve nŽcessaire ici de dŽmontrer la base de notre rŽflexion et notre comprŽhension du monachisme dans lĠƒglise. Il est important de le faire puisque de toute Žvidence les Žvques roumains dĠAmŽrique ne partagent pas notre vision. Ils ont des prŽoccupations plus administratives que pastorales et le moins quĠon puisse dire cĠest que leur expŽrience monastique est trs limitŽe. Comment alors arriver ˆ un partage constructif? Dans la tradition orientale les moines suivent, pour la plupart,  la Rgle de saint Basile. Cette Rgle, composŽe de deux recueils, les Grandes Rgles et les Petites Rgles, ne forment pas un code lŽgislatif dŽtaillŽ comme les rgles religieuses modernes en Occident, elle est plut™t un large exposŽ des principes doctrinaux qui donnent ˆ la vie monastique sa base et son Žclairage surnaturel en la rattachant ˆ la Parole contenue dans lĠƒvangile. Elle est une parfaite thŽologie de la vie monastique, toujours valable, en mme temps quĠun prŽcieux enseignement concernant la pratique des vertus chrŽtiennes. Le monachisme constitue donc une riche tradition dans lĠƒglise. Saint Basile dit que les monastres sont ˆ lĠƒglise ce que lĠƒglise est au monde.

Dans la littŽrature, aucune Rgle monastique, aucun commentaire sur le monachisme, ne se rŽfre ˆ lĠŽvque ou ˆ lĠƒglise institutionnelle comme rŽfŽrence administrative ou mme de direction spirituelle. Dans toute la littŽrature sur le monachisme cĠest lĠAbbŽ qui est le gardien de la Rgle et du Typicon. LĠAbbŽ est lĠautoritŽ vivante qui interprte lĠautoritŽ Žcrite de la Rgle. On ne conteste pas que lĠAbbŽ est subordonnŽ ˆ lĠŽvque du diocse mais il nĠest pas son subalterne. SubordonnŽ veut dire en communion dans lĠordre sacramentel et ˆ ce titre lĠŽvque est le superviseur et non le supŽrieur des monastres Žtablis dans son diocse. Toute la vie monastique est organisŽe autour de lĠAbbŽ comme la famille autour du pre. Le Typicon du Patriarche Alexis, datant du XIe sicle, stipule que lĠAbbŽ est le pre spirituel de ses moines. Il est le chef de la famille et son autoritŽ est celle dĠun pre et pasteur attachŽ aux plus anciennes traditions. Il est lĠ‰me du monastre, le confident de ses frres. Il voit ˆ lĠorganisation de la vie monastique et il donne ˆ chacun son obŽdience dans le monastre. Par sa vie, il donne un exemple de fidŽlitŽ ˆ lĠesprit de lĠƒvangile, source de toute Rgle monastique. A la fois reprŽsentant du Christ pour ses moines et organe chargŽ de formuler la volontŽ divine envers chacun, il est le centre concret de la charitŽ dans le monastre. LĠunion ˆ lĠAbbŽ, gardien des vÏux prononcŽs par les moines, est lĠinstrument et le symbole nŽcessaire de lĠunion invisible du moine au Christ et ˆ lĠƒglise. La charge de lĠAbbŽ rŽpond donc aux besoins spirituels et administratifs des moines. On comprend alors la pertinence de le nommer ˆ vie. CĠest de toute Žvidence une erreur de rŽduire le r™le de lĠAbbŽ ˆ un r™le dĠadministrateur.

Le monachisme est ecclŽsial mme sĠil sĠincarne dans lĠƒglise locale. Les Monastres sont un bien pour lĠƒglise et non un bien du diocse. Dans la tradition millŽnaire, les monastres sont autonomes et autosuffisants. CĠest lĠAbbŽ qui veille ˆ ce que lĠintŽgritŽ, le but et lĠobjectif de la vie monastique soient prŽservŽs de toute interfŽrence dans lĠintŽrt des moines. Il nous appara”t Žvident que la nouvelle Constitution de lĠƒglise roumaine en AmŽrique, qui nomme lĠŽvque supŽrieur de tous les monastres, devient une ingŽrence des Žvques qui compromet la vie et le dŽveloppement des monastres. CĠest la meilleure manire de condamner tous les projets de fondation ˆ lĠŽchec.  LĠexpŽrience amŽricaine ˆ ce propos est Žloquente.

Pour sa part saint Jean Climaque est explicite sur la question des Ïuvres des monastres. Pour lui la raison dĠtre des monastres nĠest pas dans ce quĠils font mais dans ce quĠils sont. Les moines ne se retirent pas loin du monde pour attirer les foules mais pour orienter leur vie vers lĠhomme intŽrieur et ainsi trouver leur vraie dimension et leur originalitŽ. Selon la grande tradition lĠaccueil des h™tes est important; cĠest la Ç fonction servante È du monastre, de mme que toute lĠƒglise est Ç servante È des hommes.

De plus le premier chapitre de la nouvelle Constitution diocŽsaine de lĠƒglise roumaine place lԃglise au service dĠune langue et dĠune culture. (On affirme mme quĠen devenant orthodoxe dans lĠƒglise roumaine on devient Roumain?) LĠƒglise perd alors sa vocation et devient une association socio-culturelle. La geste liturgique devient folklorique et perd sa rŽfŽrence au spirituel. La tradition enseigne que la constitution du christianisme est fondŽe sur les BŽatitudes et sur le Credo. A travers son histoire lĠƒglise embrasse les cultures humaines dans leur diversitŽ, elle devient grecque, byzantine, latine, russe ou amŽricaine. Mais comme saint Paul, elle est aussi libre ˆ lĠŽgard de tous, parce que, en Christ, il nĠy a ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre (Gal. 3,28). (Meyendorf, J. Orthodoxie et catholicitŽ)

Mgr Kallistos Ware, dont la rŽputation nĠest plus ˆ faire, fait Žtat de ce problme dans une confŽrence ˆ la rencontre de lĠArchevchŽ des ƒglises orthodoxes russes en Europe occidentale le  1er octobre 2005. La citation est un peu longue mais on ne peut passer ˆ c™tŽ : Le patriotisme, la fidŽlitŽ ˆ sa propre identitŽ nationale, cĠest une qualitŽ prŽcieuse, qui peut tre offerte au Seigneur, baptisŽe et sanctifiŽe-comme nous tous dĠailleurs-ainsi que lĠa bien notŽ Alexandre Soljenistyne entre autre. Mais la catholicitŽ de lĠƒglise, de mme que son universalitŽ, comme Corps du Christ et organisme eucharistique, sont bien plus prŽcieuses que notre identitŽ individuelle ou ethnique. Le vrai ordre des prioritŽs est sagement indiquŽ par le thŽologien grec Jean Karmiris : Nous ne devrions pas parler, Žcrit-il, dĠune ƒglise orthodoxe nationale grecque, russe ou roumaine- pourrions-nous ajouter, franaise ou britannique- nous devrions plut™t parler dĠune ƒglise catholique orthodoxe unique en Grce, en Russie, ou en Roumanie- ou en France, en Grande-BretagneÉ en AmŽrique. Certes lĠorthodoxie ne rejette pas la nation mais elle lĠappelle ˆ tre sanctifiŽe, transfigurŽe, comme chacun de nous dans le cadre de la catholicitŽ de lĠƒglise.

Le terme Ç sobor È utilisŽ dans le Credo par les Slaves et les Roumains ajoute une dimension ˆ lĠuniversalitŽ en impliquant la participation responsable de tous les baptisŽs ˆ la vie de lĠƒglise. LĠƒglise nĠest pas la hiŽrarchie mais le peuple de Dieu tout entier.

 

 

 

 

 

Le rituel des ƒvques roumains dĠAmŽrique

Dans ma rŽaction jĠai voulu ajouter une autre source de malaise en ce qui concerne le rituel liturgique des Žvques roumains. Dans lĠƒglise, lĠunitŽ rituelle est lĠic™ne de son unitŽ comme Corps du Christ et animŽe par le mme Esprit. On devrait donc estimer au plus haut point cette unitŽ dans les rites de lĠƒglise qui manifestent, mme pour les non-ŽclairŽs, lĠunitŽ dĠesprit et de doctrine. Depuis au moins un sicle les thŽologiens rŽflŽchissent sur la nŽcessitŽ de restaurer le rituel byzantin : supprimer les rŽpŽtitions, lĠektŽnie pour les catŽchumnes, certaines petites ektŽnies,  faire ˆ haute voix les prires secrtes, chanter solennellement lĠƒpiclse, permettre au diacre de faire la ProscomŽdie, utiliser les langues parlŽes, permettre une plus grande participation des fidles, revoir le r™le de lĠiconostaseÉ Paul Evdokimov (1966), Alexandre Schmemann (1985), Henryk Paprocki (1993), pour ne nommer que ceux-lˆ, ont commencŽ une rŽflexion qui voulait Žtablir des bases vers un changement du rituel que seul un Concile peut dŽcider. La Liturgie ne nous appartient pas, notre r™le de cŽlŽbrant est de la cŽlŽbrer et non de la changer. Les Žvques roumains dĠAmŽrique auraient dž avoir au moins lĠautorisation formelle du Synode pour chanter les prires secrtes et ainsi imiter la nouvelle liturgie latine. JĠai vŽcu de lĠintŽrieur le renouveau liturgique  de lĠƒglise latine dans les annŽes 60. Les mmes rŽflexions  Žtaient ˆ la base des propositions de renouveau. Certains voulaient garder une liturgie du mystre de la mort et de la rŽsurrection dans la langue du peuple, dĠautres voulaient mettre lĠaccent sur le repas du Seigneur (la sainte Cne) et rendre accessible le canon eucharistique. Cette dernire proposition a ŽtŽ retenue et lĠƒglise en Concile a imposŽ un nouveau rituel qui demandait des modifications importantes au mobilier des Žglises et un rŽapprentissage du rituel. Ces changements nĠont pas ŽtŽ simples et trop souvent on a assistŽ ˆ une perte du sens du sacrŽ dans les cŽlŽbrations liturgiques parce que chacun a interprŽtŽ ˆ sa faon ce qui Žtait proposŽ. Il y a lˆ une raison importante de ma dŽmarche vers lĠOrthodoxie. Mgr Kalistos Ware, dans la confŽrence prŽcitŽe, disait quĠon peut accepter des particularitŽs rŽgionales dans le rituel mais que pour le moment  il est prŽfŽrable de ne rien changer en laissant aux dŽcideurs la mission de proposer un rituel qui respecte la tradition et rŽponde aux besoins actuels de lĠƒglise.  Pour ma part je suis ouvert ˆ la rŽflexion sur un renouveau; ce qui crŽe le malaise ce sont les initiatives personnelles qui brisent lĠunitŽ et qui ouvrent la porte aux abus. Je crois que les cŽlŽbrants devraient respecter les rubriques telles que prescrites dans le liturgikon.

On a sans doute remarquŽ que personne nĠa soulevŽ cette question dans les rŽactions au texte. Mme les commentaires parus ici et lˆ de pseudo-thŽologiens qui voulaient nous condamner. Personne nĠa voulu se mouiller parce que les Žvques refusent de justifier leur pratique et parce que plusieurs prtres ont dŽcidŽ de les imiter.

 

 

 

 

 

Conclusion

Je voudrais que nos lecteurs comprennent, nous nĠavions pas le choix, nous devions laisser lĠƒglise roumaine aux Roumains. A ceux qui mĠaccusent de dŽsobŽir ˆ lĠƒvque, je rŽpondrai que le tribunal ne pouvait pas mĠaccuser de dŽsobŽissance parce que la loi nĠŽtait pas effective. CĠest justement pour ne pas avoir ˆ dŽsobŽir que jĠai demandŽ ma dispense.  Je trouve trs regrettable que lĠƒglise roumaine ait renoncŽ ˆ un monastre apprŽciŽ des fidles pour ne pas concŽder le mot Ç supŽrieur È dans sa constitution. Ce nĠest pas de gaitŽ de cÏur que nous quittons cette ƒglise. Il est bien entendu que nous ne fermerons jamais la porte de notre monastre ˆ nos frres Roumains. Nous avons tissŽ avec plusieurs des liens plus que fraternels en ces dix dernires annŽes. Si des murs se construisent ce ne sera pas ˆ Wentworth. Je ne le rŽpŽterai jamais assez, chez-nous les plerins de toute ethnie et de toute juridiction sont les bienvenus. JĠespre que nous tirerons tous profit de cette expŽrience. Nos Žchecs peuvent contribuer ˆ notre croissance en nous faisant conna”tre nos faiblesses.  

Oui nous sommes dans une Juridiction non reconnue, on ne dit pas non canonique ou schismatique. Quand jĠai quittŽ lĠƒglise de Rome jĠai consultŽ un canoniste qui enseignait ˆ lĠUniversitŽ de MontrŽal et il mĠa expliquŽ quĠil y avait deux sortes de canonicitŽ : celle du type A et celle du type B. La canonicitŽ du type A est celle qui est fidle ˆ lĠenseignement des Ap™tres et des Pres et dont le sacerdoce est valide. ÇIls se montraient assidus ˆ lĠenseignement des Ap™tres, fidles ˆ la communion fraternelle, ˆ la fraction du pain et aux prires È (Act 2, 42). Elle est le fondement de lĠƒglise et cĠest elle qui nous permet de proclamer que lĠƒglise est une. Celle du type B est juridique et est liŽe aux Institutions. Les ƒglises sont canoniques quand les hiŽrarques sont en communion avec un Patriarcat ÏcumŽnique. Pour les orthodoxes ce sont les patriarcats de Constantinople, dĠAntioche et de JŽrusalem. Souvent pour des raisons politiques les autoritŽs dŽcident de lĠappartenance ou du rejet des ƒglises, on reconna”t ou on ne reconna”t pas. Quand on dit aujourdĠhui non canonique, on se rŽfre habituellement ˆ celle du type B. Le schisme de 1054 est aussi du type B. Le terme schismatique nĠest pas pŽjoratif, il ne signifie pas Ç dŽchet de lĠƒglise È, mais cĠest un terme juridique qui nous prive certes du lien sacramentel avec les autres ƒglises mais ne nous dispense pas des liens fraternels.  Dans ma recherche, il est Žvident que lĠƒglise de Kiev est canonique selon le type A et cĠest ce qui compte pour moi. Le contact que jĠai eu avec le MŽtropolite Michel a ŽtŽ dĠun rŽconfort peu commun et comme on reconna”t lĠarbre ˆ ses fruits, je sais que je peux avoir confiance.

De plus le dŽfi que nous avons ˆ relever est exaltant. Nous avons ˆ b‰tir lĠƒglise chez-nous. Le mandat qui mĠest confiŽ est trs exigeant : Ç Nous nommons lĠArchimandrite Cyrille notre reprŽsentant sur tout le territoire du Canada pour toutes les questions ecclŽsiastiques, pastorales, canoniques, sans limitation de sujet. Il examinera et nous transmettra toutes demandes de quelque nature quĠelles soient provenant dĠautres communautŽs chrŽtiennes, ou de membres du clergŽ, ou dans le monachisme. È  Nous nĠavons plus ˆ nous intŽgrer ˆ des Žtrangers pour tre chrŽtiens. Les chrŽtiens qui viennent dĠailleurs et qui sĠintgrent ˆ leur pays dĠadoption se sentiront chez eux chez-nous. Ce changement est effectif depuis le 5 mars 2017, dimanche de lĠOrthodoxie.

En terminant, je voudrais encore une fois dŽmontrer que notre vision de lĠOrthodoxie et du monachisme respecte la grande Tradition en citant saint Basile qui, ˆ une toute autre Žpoque, exprimait lĠidŽal monastique : Des hommes, issus de races et venus de rŽgions diffŽrentes, parviennent ˆ Žtablir entre eux une telle communion quĠil nous semble voir une seule ‰me demeurer dans de nombreux corps et que ceux-ci apparaissent comme les organes dĠune seule et mme pensŽeÉ cĠest lĠamour qui garantit ˆ leur libre choix sa pleine libertŽ. (18, P. G. 31,138 1 D-1384 A)

Pour que lĠƒglise orthodoxe existe vraiment en AmŽrique, comme dans tous les pays qui ne sont pas traditionnellement orthodoxes, il faudrait que tous les diocses dĠƒglises Žtrangres disparaissent et quĠon crŽe une seule structure ecclŽsiale multiethnique. Un grand philosophe et thŽologien du XIXe sicle, le Pre Alexis Khomiakov, Žcrivait en 1850 : Quand lĠƒglise se sera propagŽe, ou que sera entrŽe en elle la plŽnitude des peuples, alors dispara”tront toutes les dŽnominations locales; car lĠƒglise nĠest pas liŽe ˆ quelque lieu que ce soit, et elle ne garde pas lĠhŽritage de lĠorgueil pa•en; mais elle-mme se nomme Une, Sainte, Catholique et Apostolique, sachant que le monde entier lui appartient et que nul lieu nĠa une importance particulire, mais ne peut servir et ne sert que temporairement ˆ la glorification du nom de Dieu, selon son insondable volontŽ.

Dans cet esprit, il est absurde de parler de lĠƒglise de la diaspora. LĠƒglise est chez elle partout. Pour que cette solution soit envisageable il faudrait penser ˆ unifier les orthodoxes par la mme foi, la mme tradition et la mme langue, celle du lieu de rŽsidence, et dĠo quĠils viennent. Ce nĠest pas demain la veilleÉ

Sans regret et sans colre, nous tournons donc la page sur notre expŽrience avec lĠƒglise de Roumanie. La dŽcision de la hiŽrarchie roumaine dĠutiliser la rŽpression et la condamnation dans le seul but de dŽmontrer quĠon dŽtient lĠautoritŽ, est aussi le reflet des sociŽtŽs totalitaires. Nous savons que dĠautres avenues Žtaient possibles mais aucune dŽmarche nĠa ŽtŽ tentŽe pour trouver un terrain dĠentente. La plus belle dŽmonstration du peu dĠintŽrt quĠon nous portait cĠest quĠaucune Žvaluation nĠa ŽtŽ faite du cas du Monastre et quĠaucun bl‰me nĠa ŽtŽ adressŽ ˆ qui que ce soit. Est-il normal que je sois ˆ la fois la victime et lĠagresseur? Le temps dĠexil qui nous est imposŽ nous permettra de prŽparer notre rŽinsertion dans la Grande ƒglise quand le Seigneur le permettra, des dŽmarches en ce sens ont ŽtŽ entreprises par notre MŽtropolite et le Patriarche de Constantinople manifeste de lĠintŽrt pour les millions dĠorthodoxes ukrainiens prisonniers du pouvoir de Moscou (Annexe XVIII). En attendant le Monastre demeure ce quĠil a toujours ŽtŽ. Les fidles qui sont restŽs avec nous en toute connaissance de cause, nous permettent de continuer ˆ tre ce que nous sommes. Nous maintenons intact le projet de construction de notre Žglise dans le style Maramures quand nos finances le permettront. Dans la charitŽ et lĠapprentissage du pardon, nous continuerons de prier pour que lĠEsprit Žclaire ceux qui nous aiment et ceux qui nous ha•ssent. A ceux qui disent regretter de nous avoir soutenus, je rŽponds que je ne regrette rien de ce que jĠai donnŽ. Doamne ajuta!

Ë chacun maintenant dĠŽvaluer la valeur des informations quĠil a reues et la crŽdibilitŽ de ceux qui les ont transmises.