Quelques notions decclsiologie et dhistoire propos des droits et devoirs historiques, canoniques et ecclsiologiques du Patriarcat de Constantinople sur la Mtropole de Kiev

 

 Par un  vque de la diaspora ukrainienne, le Mtropolite Michel Laroche.

 

I Les notions dՃglise, dՃtat, de nation (ethnos) et de diaspora dans lՃglise Orthodoxe.

 

Dans cet article, nous nous efforcerons de discerner les clefs de la gense de lecclsiologie, cest--dire ce qui ds le commencement de lՃglise a manifest son unit consubstantielle, tout comme ce qui a distingu les unes des autres chacune des Eglises locales. 

 

Le commencement de lՃglise ne se situe exclusivement pas la Pentecte lorsque les aptres reoivent lEsprit Saint sous forme de langues de feu et se mettent annoncer lՃvangile dans toutes les langues. Certes ce temps transfigur de la premire annonce de lՃvangile par les aptres aux nations prsentes ce jour-l Jrusalem constitue bien un acte fondateur des prochaines glises locales. Mais son commencement absolu rside dans ce dernier commandement du Christ Ressuscit avant son Ascension :  De toutes les nations (en grec ____, thn) faites des disciples, les baptisant au Nom du Pre, du Fils et du Saint Esprit . (Mt XXVIII,19. Le Christ  inscrit le baptme des nations qui constitue la ralit premire de lՃglise dans la  monade trinitaire  Une seule essence divine et trois hypostases distinctes : dune glise la fois  une  et   multiple  dans ses hypostases. Cest licne de la Trinit Sainte dans le mystre ecclsial. Nous reviendrons dans un autre chapitre sur le mot _____thnos  qui se traduit en franais par nations.

 

Les Pres de lՃglise, quil nest pas ncessaire de citer ici, car leurs commentaires sont connus de tous, partagent la naissance de lՃglise en trois moments distincts sans que lon puisse en conclure que se seraient l trois tapes de la naissance de lՃglise, trois ges de lՃglise, ou trois symboles ontologiques de son hypostase.

 

Les trois actes (je prfre en grec le mot nergie intraduisible en franais) qui prsident tous la naissance de lՃglise sont dans lordre de leurs apparitions (il nexiste pas entre eux dordre hirarchique) les suivants :

 

Le ct transperc du nouvel Adam endormi sur Sa Croix, ct duquel lՃglise nat, comme  nat Eve de la ct prleve dAdam dans le sommeil de celui-ci.

 

Le dernier commandement du Christ ressuscit :  De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au Nom du Pre, du Fils et du Saint Esprit .

 

Lannonce faite de lՃvangile par les aptres lors de la Pentecte aprs la descente sous formes de langues de feu de lEsprit Saint. (Act II, 1-47) 

 

Ajoutons un quatrime moment, qui est au cur de la signification et de la nature mme de lՃglise : linstitution de lEucharistie.  LEcclsia, assemble, rassemble tous les baptiss partir et dans le Corps du Christ. Nous dcouvrirons cet aspect primordial du mystre de lIncarnation : lEucharistie clbre dans un lieu prcis par lՎvque local attach ce lieu, comme lՎpoux lՎpouse, ce qui y inclut tous les croyants qui y rsident, quelle que soit leur appartenance nationale.

 

LՃglise ternellement unie au Christ est lՃglise du fait mme de son union ontologique avec le Christ. On ne peut pas placer un cheveu entre lEglise et le Christ. LEglise est tout entire Corps du Christ. Le Christ Eucharistique est la vie de lEglise. LEucharistie est la manifestation parfaite de lEglise.

 

Dans ce mystre de lEucharistie est prsente la divino-humanit de lՃglise.

 

Lorsque le Christ prononce les paroles de linstitution il dit :  Ceci est mon corps livr pour vous. Ceci est mon sang vers pour vous.  La crucifixion et la rsurrection qui expliquent et justifient ces paroles ne se sont pourtant pas encore produites dans le temps chronologique, cest--dire le temps dchu de ce monde. Une vrit laquelle nous croyons tous simpose pourtant : le Christ donne bien ses aptres et disciples Son Corps Crucifi et Ressuscit et son Sang vers. Evnements qui ne se produiront pourtant que plus tard ! Le Christ se livre dans Sa proto-liturgie, fondatrice de toutes les liturgies qui se poursuivront et insparable de celles-ci. Chaque nouvelle liturgie est le prolongement de la proto-liturgie, elle est la fois galement, insparable du Christ sans qui il nexisterait pas de liturgie.

 

La liturgie insparable de lEucharistie est ternellement clbre par le Christ dans le temps transfigur partir de linstitution eucharistique. Ds la proto-liturgie du Christ lors de la Sainte Cne qui est le fondement ontologique de toutes les liturgies, lՃglise est rassemble dans lhypostase du Christ comme la manifestation la plus accomplie aprs lIncarnation elle-mme, du mystre de lIncarnation. Chaque liturgie est une introduction et une immersion de chaque croyant dans le temps non chronologique, le temps transfigur dans lequel le Christ clbre ternellement. Chaque liturgie renforce pour tous les baptiss leur communion avec le Christ et de ce fait, leur appartenance comme un prolongement du mystre de lIncarnation lEglise, Corps du Christ.

 

Nous ne pouvons pas parler decclsiologie en nous dtachant intellectuellement, artificiellement, de la ralit charismatique de lՃglise qui est son fondement eucharistique.

 

Par la suite, avec la conversion de saint Constantin et la tenue du second concile cumnique de Constantinople I (381), le sige des glises locales se hirarchisera en fonction de limportance politique de la cit.

 

A la suite de lannonce faite par Sa Saintet le patriarche Bartolomos de Constantinople de la prochaine autocphalie dune glise Orthodoxe dUkraine, une multitude de contrevrits ont t diffuses dans les diffrents mdias. En mes qualits de canoniste, dhistorien, de go politicien comme de thologien, je vais mefforcer de donner des rponses toutes les affirmations.

 

II Comment se sont riges les premires glises autocphales ?

 

Lautocphalie, en grec autocephalos, ___________, mot compos du grec auto, ____, littralement : soi, soi-mme ; et de kefalos, _______. Littralement : tte, chef. Lautocphalie est lacte canonique sous la forme dun dcret patriarcal intitul  tomos  accord une glise nationale (locale) par le patriarcat de Constantinople.

 

Examinons maintenant comment se sont produites les autocphalies des principales glises orthodoxes locales que nous connaissons aujourdhui.

 

Ds la naissance de lՃglise sans quil soit besoin ici dapprofondir les apostrophes qui sont faites par Celui qui est  le Premier, le Dernier et le Vivant [1] Cest--dire le Christ Lui-Mme, dans lApocalypse  Ce que tu vois, cris-le dans un livre et envoie-le aux sept glises qui sont en Asie : Ephse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodice. [2] il prcise ensuite chacune des glises locales en nommant indistinctement son ange (son nom prcis nous est inconnu) :  A lAnge de lՃglise dՃphse cris ceci. [3]. Ici ne retenons que le symbole car nous savons que dautres glises locales existaient dj depuis que les aptres sՎtaient rpandus dans lEmpire Romain : Jrusalem, Antioche fonde par Pierre, Alexandrie fonde par Marc, Philippe, Corinthe, Colosse, phse ( nomme dans lApocalypse), Athnes, toutes ces cits devenues des glise locales fondes par Paul, Rome fonde par Paul et Pierre, Chypre, Patmos, Byzance fonde par Andr et beaucoup dautres cites, devenues les premires glises locales, nous renseignent sur la conception de luniversalit de lՃglise dans sa diversit locale. Ce que nous retenons, cest la reconnaissance de la personnalit ecclsiale distincte, de loriginalit propre de chacune de ces glises locales indpendamment, cette poque, de limportance politique de la cit. Cette hypostase ecclsiale, nous la discernons dans les pitres de saint Paul dans lesquelles au-del de son enseignement distribu chacune des glises locales auxquelles il sadresse, lAptre respecte la personnalit du Peuple :   Ainsi jai dcid de ne pas retourner chez vous pour ne pas vous attrister de nouveau .[4] LAptre ici tient compte dune situation locale, qui nest donc pas directement inscrite dans lenseignement universel de lՃvangile quil donne par ailleurs.

 

Des autocphalies existaient dj, indpendantes du Sige de Constantinople, comme principalement les glises apostoliques de Rome, dAlexandrie et dAntioche et plus tardivement celle de Jrusalem qui jusquau concile de Constantinople I ( 381) dpendait du sige mtropolitain de Csare en Palestine la grande rprobation de saint Cyrille de Jrusalem qui protesta contre cette situation injuste qui plaait la Mre de toutes les glises sous lautorit du mtropolite dune cit qui navait pas eu de fondation apostolique. Ainsi lՃglise de Chypre, fonde par lAptre Paul et qui cet gard aurait eu tous les titres le devenir, elle nest jamais devenue un patriarcat ; elle obtient son autocphalie en 437. En marge de lEmpire Romain dOrient, il existait galement lՃglise Gorgienne qui devrait un instant retenir notre attention, car elle constitue lexemple parfait de limprialisme sculaire du patriarcat de Moscou. Cette glise fonde par saint Grgoire lIlluminateur devient autocphale en 484, bien avant la Bulgarie et la Serbie dont nous allons parler plus loin dans cet article. LՎpiscopat de cette glise, dont lՎvque tait mari cette poque, se transmettait de pre en fils, dans de longues et trs saintes lignes piscopales, ce qui constitue un exemple unique dans lhistoire de lՃglise, car cette Tradition sapparente au npotisme, bien que dans lesprit il en ait t autrement. Vers le VIe sicle, cette tradition disparut. Lorsque la Gorgie fut rattache lEmpire Russe, le Saint Synode Russe supprima arbitrairement lautocphalie sculaire de lՃglise Gorgienne. Cest dans la tourmente de la rvolution bolchvique que cette glise proclama nouveau son ancienne autocphalie que le patriarcat de Constantinople reconnut en 1989. [5]

 

               Mais la jurisprudence canonique autant quecclsiologique qui nous intresse ici est celle qui concerne les nouvelles autocphalies  partir du VIIIe sicle. A la suite des conqutes faites au dtriment de lempire byzantin par les diffrentes nations slaves, tout principalement les nations (en grec : ethnos, _____ ) Bulgares et Serbes se convertirent  lOrthodoxie, et voulurent chacune disposer dune glise nationale comme en disposait lempire. La premire autocphalie dune nation rcemment convertie au christianisme fut celle de la nation Bulgare alors frquemment en guerre avec lEmpire Byzantin. Elle sajoutait aux glises existantes, les cinq patriarcats : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jrusalem, puis Chypre et la puissante glise franco-germano carolingienne. 

 

Le concours actif du souverain dans la proclamation de toutes les nouvelles autocphalies se rfre au modle byzantin dans lequel la dsignation du patriarche ne peut se faire sans le consentement, voir une dsignation pure et simple, par lempereur du candidat. Noublions pas que depuis 313 lՃglise et lՃtat non seulement ne sont pas spars, mais que leur union dans le sein dune nation et de ses frontires est quasi consubstantielle.  La premire sparation, qui entranera pour certaines nations qui lui en emprunteront ce nouveau modle entre lՃtat et lՃglise, sera celle produite en France en 1905.

 

Tous les exemples qui vont suivre reproduiront ce premier archtype dun souverain oint par le Seigneur, le basileus ou le roi, uni tout autant son tat dont il est la tte, comme le Christ est la tte de lՃglise quՈ lՃglise locale unie elle-mme la nation, selon la parole du Christ   de toutes les nations faites des disciples les baptisant au Nom du Pre, du Fils et du saint Esprit. [6]

 

Nous naborderons pas cette question chronologiquement, mais en fonction des vnements similaires qui se sont produits dans le pass et se reproduisent aujourdhui. La toute premire autocphalie qui fut ralise aprs celle de la trs ancienne glise gorgienne et celle de lՃglise dAbyssinie avant quelle ne devienne monophysite, fut lautocphalie bulgare.

 

 III La fondation de lՃglise bulgare et la comparaison de sa situation avec celle de lՃglise dUkraine.

 

La fondation de lՃglise de Bulgarie remonte la conversion de son prince Boris Michel. Ds son baptme, il nՎtait pas pour le souverain envisageable que la nouvelle glise nationale bulgare, longtemps en guerre avec lempire byzantin, puisse dpendre dune glise Mre (Constantinople) qui donnait sa fidlit patriotique lEmpire romain byzantin. Pour ce souverain il tait tout simplement impensable dՐtre oblig dentendre dans sa cathdrale tre commmor le patriarche de lՃglise dune nation avec laquelle il pouvait se retrouver en conflit (Bulgares et Grecs taient en guerre depuis 150 ans). Le souverain bulgare hsita entre lՃglise de Rome et celle de Constantinople pour y recevoir lautocphalie dsire, seul systme selon lui qui lui assurait lindpendance de son glise dsormais nationale. Le souverain avait compris quil lui tait impossible de faire dpendre directement du patriarcat de Constantinople son glise nationale, car les vques de son pays auraient pu, dans ce cas, recevoir du patriarche de Constantinople, lui-mme soumis lempereur, des instructions antipatriotiques, ce qui aurait alors constitu une ingrence insupportable pour lՃtat bulgare. Ds le commencement de cette glise locale, sest pose la question des frontires entre des nations distinctes et leurs glises locales quasi consubstantielles : Elle constitue une jurisprudence canonique et ecclsiologique fondamentale acquise, qui a travers les sicles et qui existe toujours, malgr les protestations que nous entendons aujourdhui de la part de certaines glises orthodoxes imprialistes qui ne veulent pas reconnatre les frontires des nouveaux tats.

 

Nous observons ici que cest exactement la situation qui existe prcisment aujourdhui entre la Russie et lUkraine. Une partie importante du territoire national de lUkraine a vcu de trs nombreux sicles en dehors des frontires actuelles de lempire russe. Cest dans ce contexte quest n le sentiment national ukrainien rattach une glise autonome locale rang exarchal sous lomophore du Patriarcat de Constantinople, place durant des sicles dans le royaume de Pologne et le Grand-Duch de Lituanie ; totalement en dehors de la Russie. La conqute du territoire de lUkraine par Catherine la Grande na pas supprim dun coup de baguette magique le sentiment national Ukrainien qui sՎtait forg durant des sicles en dehors du territoire imprial russe et dans le contexte dune rsistance un pouvoir polonais catholique qui perscutaient sa minorit orthodoxe ukrainienne. Mconnaissant cette page dhistoire, les opposants une glise locale vritablement ukrainienne prtendent que lUkraine a toujours t russe, ce qui, historiquement, est absolument faux.

 

Une guerre existe aujourdhui entre ces deux pays, comme elle exista avec des priodes de paix, suivies de nouvelles guerres entre Bulgares et Byzantins. Le patriarche de Moscou, bien que commmor par une partie de lՃglise dUkraine qui lui est soumise canoniquement, bnit larme russe, comme cest son devoir canonique de le faire. Si le patriarche de Moscou tait le vritable primat de lՃglise dUkraine, il devrait tout autant bnir les armes ukrainiennes qui dfendent le territoire national de lUkraine et prier pour la victoire des armes ukrainiennes. Le commandement du Christ sapplique ici :  Nul ne peut servir deux matres. Car, ou il hara l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera l'un, et mprisera l'autre. [7] Dans quelle direction va la fidlit patriotique du patriarche de Moscou ? Nous le savons, le monde entier le sait, et tous les membres de lՎglise dUkraine, dont je fais partie, le savent : la fidlit du patriarche de Moscou - et cest tout fait lgitime, va la Fdration de Russie et son arme. Et cest exactement l que se situe le fond du dbat ecclsiologique. Le patriarche de Moscou  ne peut tre le Pre et le Berger aimant des croyants ukrainiens dont il nie lexistence en tant que peuple dune nation souveraine. Non seulement il ne prie pas pour larme ukrainienne, il ne bnit pas ses soldats, mais il prie pour la victoire des armes russes au dtriment du territoire national ukrainien ; il prie pour la disparition de lUkraine comme nation indpendante en rvant haute voix quelle redevienne un territoire de lempire russe. Maintenir en Ukraine lautorit canonique du patriarcat de Moscou est exactement la mme question qui sՎtait pose en 1918 aprs le Trait de Versailles la nouvelle Pologne et au Marchal Joseph Pilsudsky qui conduisirent celui-ci exiger que la partie de lՃglise dUkraine situe en Pologne se dtache du patriarcat de Moscou dont elle constituait ses yeux un dangereux cheval de Troie entirement au service des Russes, et quelle obtienne de son glise Mre, le Patriarcat de Constantinople, son autocphalie, ce qui sest produit en 1924. Jai crit et publi Kiev en 2015 un ouvrage qui retrace cette histoire de la  Premire autocphalie Ukrainienne . Jy faisais la prdiction que cest en se fondant sur le tomos de cette premire autocphalie que le Patriarcat de Constantinople pourrait tendre la mme autocphalie la partie de lՃglise dUkraine situe en Ukraine, ce qui est dsormais annonc par la Grande glise. Le patriarcat de Moscou avait rsist alors, arguant contre cette autocphalie de 1924 avec exactement les mmes paroles, les mmes arguments que ceux daujourdhui. Limprialisme qui les inspire na pas disparu.

 

Cest la question des frontires dont nous parlions plus haut. Il existe en effet un autre principe ecclsiologique : lorsquune frontire apparait la suite de la proclamation dun nouvel tat souverain dans une nation historiquement de confession orthodoxe, lՃglise orthodoxe locale a le devoir de sy organiser en fonction des nouvelles frontires selon le canon 34 apostolique :   Que les vques de chaque nation doivent reconnatre leur primat et le considrer comme leur chef.et ne rien faire sans son avis ; Mais lui aussi quil ne fasse rien sans lavis de tous ; car ainsi rgnera la concorde et seront glorifis le Pre, le fils et le Saint Esprit. [8] Il nest pas encore question dans ce cas prcis dautocphalie, mais dautonomie locale.

 

Cest la position quobserve aujourdhui[9] le prsident ukrainien Petro Porochenko (ainsi que le parlement ukrainien) qui est baptis, fidle croyant orthodoxe, position qui est la mme que celle du tsar Boris Michel, en exigeant comme ce dernier lavait fait pour lՃglise bulgare, loctroi de lautocphalie, la reconnaissance de lautocphalie dune glise nationale ukrainienne non infode au patriarcat de Moscou. Il veut une glise nationale ukrainienne indpendante de lՃglise russe qui en ce moment mme bnit les armes russes qui menacent le territoire national de lUkraine.

 

Le patriarche Photios et lempereur Michel ainsi que son successeur Basile finiront par le comprendre et laccepter. Toute autre solution nՎtait pas viable. Sur ce point Boris Michel avait intgr le principe imprial Byzantin de laigle bicphale symbolisant les deux gouvernances de la nation par lempereur et le patriarche. Son glise se devait dՐtre une glise nationale. Cest son fils, le tsar Symon, qui obtiendra, aprs de nombreuses difficults, de la part de lempereur de Constantinople Romain Ier Lcapne[10] et du patriarche de Constantinople Nicolas Mysticos, lautocphalie et le rang patriarcal son glise (924-927)  ayant alors comme sige Ohrid, et pour lui-mme le titre de basileus (empereur). Par exemple, le second sige patriarcal bulgare de Tarvono fut fond par lEmpereur des Bulgares Kaloyant en 1204 dabord sous lautorit canonique du pape de Rome Innocent III et enfin en 1234, lorsque le nouveau patriarcat bulgare fut reconnu par Constantinople et son rang patriarcal confirm pour son titulaire le patriarche Johachim de Tarnovo. Cest cette premire autocphalie qui deviendra larchtype de toutes les futures autocphalies qui suivront en Europe de lEst jusquՈ notre poque. Examinons les mcanismes qui ont t lorigine de toutes ces anciennes autocphalies : il fallait toujours un dcret de lautorit sculire pour confirmer la naissance dune nouvelle glise autocphale. Cest ici, dans la naissance du nouvel tat qui sorganisait avec son glise autocphale selon le modle byzantin, quallait natre la puissante racine de toutes les glises-nations de la fin du XIXe sicle au dbut du XXe sicle, avec la naissance ou la restauration de nouveaux patriarcats, aprs leffondrement de lEmpire Turc. LՃglise de Serbie, travers laction diplomatique de saint Sava, obtient de lEmpereur de Nice Thodore Ier Lascaris (1205-1222) et du Patriarche Manuel Ier Sarentnos (1217-1222) le statut dArchevque Autocphale en 1219 concrtis par la chirotonie piscopale de saint Sava. Fait unique dans lhistoire de lՃglise, un  archevque autocphale  lui seul, rassemblait dans sa personne toute la catholicit de la nouvelle glise locale : Saint Sava agissait seul tout en portant dans son piscopat le canon 34 apostolique ; il dcidait seul de qui recevrait la chirotonie piscopale (puisquil nexistait pas dautres vques locaux pouvant se runir selon le canon 34 des Aptres pour procder une lection), mais il reprsentait bien canoniquement et ecclsiologiquement lensemble de lՎpiscopat universel par ce canon, spcifique, d  archevque autocphale . Cet exemple unique dans lhistoire, constitue laffirmation quen accordant tous ces privilges son premier vque, lempereur et le patriarche ( Nice) avaient reconnu lautocphalie de la nouvelle glise locale, non seulement comme ralit (une chrysobulle[11] avait t accorde) mais comme principe pour chaque nation. Ils devanaient, pour cela, la prsence dun piscopat qui nexistait pas encore en rassemblant sur son premier primat tous les privilges dune autocphalie plnire, qui normalement suppose au moins trois, voire quatre vques.

 

IV La fondation de lՃglise de Serbie et la comparaison de sa situation avec celle de lՃglise dUkraine.

 

La fondation du premier patriarcat de Serbie elle aussi se conjuguait avec une volont monarchique exprime par son Prince Stefan Uros IV Dusan, roi des Serbes de 1331 1346 puis ensuite empereur des Serbes et des Grecs de 1346 1355. Cest avec lappui des moines du Mont Athos dont il tait le protecteur quil put lever le sige de la Serbie, jusque-l un archevch, au rang patriarcal, qui sera perdu sous lempire Ottoman et re-proclam ensuite au commencement du XXe sicle, comme nous le verrons plus loin (Le Patriarcat dOhrid avait t fond par un dcret de lEmpereur Basile II en 1019). Il tait indispensable pour un sacre imprial que la crmonie soit clbre par un patriarche. Mais la seule garantie pour pouvoir assurer la succession dynastique tait de disposer dun patriarche attach lՃglise nationale du nouvel empire. Stefan Du_an se proclame Nol 1345, basileus. Devant limpossibilit de faire dplacer le patriarche de Constantinople ou le pape (requis en premier pour cette crmonie alors que le schisme est consomm entre Rome et Constantinople depuis 1054 !), le sacre est organis Skopje pour le dimanche de la Rsurrection du Christ, sous la prsidence pontificale du patriarche de Bulgarie Simon et de l'archevque d'Ohrid, Nicolas Ier en plus dune trs large reprsentation des higoumnes[12] des principaux monastres du Mont Athos, parrains spirituels du nouvel empereur qui les protgeait. L'archevque de Serbie Joannikos II est alors lev au rang de patriarche et intronise Stefan Uros Dusan comme empereur des Serbes et des Grecs. Lorsque Jean Cantacuzne devient lui-mme basileus en 1347 il ne peut videmment pas accepter que le souverain serbe porte le titre de basileus et que la nouvelle glise serbe soit arrache linfluence de lՃglise patriarcale de Constantinople en lui disputant lautorit la fois canonique et celle de la souverainet sur la presquՔle du Mont Athos quavait de facto et depuis peu de jure lempereur des Serbes. En 1350 la symphonie qui unit le basileus et le patriarche de Constantinople fonctionne et ce sera lexcommunication et lanathme jets tant sur le nouveau patriarche serbe que sur le souverain de cette nation par le patriarche Calliste Ier (1350-1353 et 1355-1363), un disciple de saint Grgoire Palamas. Dans le dcret dune svrit particulire, ce nest pas seulement les deux principaux protagonistes qui sont ainsi exclus de lՃglise Orthodoxe mais toutes les terres serbes. Nouvelle puissance dans la rgion face aux Turcs, lempire serbe avait acquis de ce fait une position dominante face laffaiblissement de lempire byzantin. Mais semparer, en lintroduisant dans le nouveau patriarcat de Serbie, du Mont Athos dont le patriarche de Constantinople est directement lՎvque canonique, contrevenait une multitude de canons : II Concile cumnique (381) canon 2 ; III Concile cumnique dՃphse (431) Canon 8 ; Quinisexte Concile cumnique in Trullo Constantinople (691), Canon 17 ; Canons Apostoliques 14, 34, 35, 39 ; Antioche (341) Canon 3, 13, 16, 22 ; Sardique (343) Canons 3, 11, 12.  Ainsi le rattachement dune presquՔle (le Mont Athos) au nouvel empire serbe, avec pourtant le consentement de ses habitants -les moines du Mont Athos- et la fondation mme de ce nouvel tat tant peru comme un empire concurrent, dclenche les foudres du patriarcat de Constantinople. Nous notons que lactuel patriarche de Serbie Irne qui nous reproche dՐtre des schismatiques, est avec son glise le descendant dune glise schismatique dexcommunis, et de ce fait tous, selon lui, privs de la grce. Ou le patriarche Irne de Serbie est ignorant de sa propre histoire, ce qui pour un patriarche est inexcusable, ou il est un adepte de la diplomatie ecclsiastique en sappuyant sur le puissant patriarcat de Moscou pour ne pas perdre la Macdoine.

 

Nous le constatons, cest toujours le facteur gopolitique qui est le puissant motif principal dans les dcisions arbitraires de ces anathmes car ces exemples se rptent dans toute lhistoire des glises orthodoxes locales ; alors que seules des questions concernant la puret de la foi Orthodoxe devraient motiver ces schismes. Il nest question derrire ces anathmes, que de pouvoir et de revendications territoriales dans lesquelles lՃglise imprialiste se fait lexcutante de la volont du Prince. Cet anathme frappant le patriarcat de Serbie et la nation serbe ne sera annul que 25 ans plus tard, en 1375, sous le rgne du prince Lazare de Serbie et du patriarche de Constantinople Philotos (1353-1354 et 1364-1376).

 

V La fondation de lՃglise Russe  et la comparaison de sa situation avec celle de lՃglise dUkraine.

 

Lautocphalie de Moscou, avec son rection comme sige patriarcal, fut obtenue par la force. Une premire rupture fut lauto-proclamation unilatrale de lautocphalie russe avec la dsignation en 1448 de son nouveau mtropolite Jonas, sans le consentement de Constantinople. Cette situation non canonique se poursuivra jusquen 1558. Le Tsar Fedor Ivanovitch et lhomme fort de la principaut le rgent Boris Godounov, convoquent Moscou en 1588 le patriarche Jrmie II de Constantinople, affaibli politiquement par la domination ottomane. On commena par restreindre sa libert en lempchant de retourner Constantinople. Une  tradition  existait alors Moscou, (que de nombreux chroniqueurs ont consign dans leurs rcits), demprisonner les visiteurs trangers, bien accueillis, mais qui navaient plus jamais le droit sous peine de mort, de mme simplement rclamer leur retour dans leur patrie, ni de communiquer avec les non russes de la capitale. On proposa au patriarche de transfrer son sige Wladimir, en argumentant quen restant Constantinople il tait sous le joug des Turcs. Devant son refus courageux, tant donn les circonstances, on lui proposa plus directement de devenir le patriarche des Russ avec comme sige Moscou. Et enfin, (nous passons toutes circonvolutions des dtails de cette histoire), on fit accepter au patriarche qui se voyait terminer ses jours sans doute de manire violente Moscou sil refusait dՎriger le sige de Moscou en sige patriarcal concomitant avec la dclaration dautocphalie, de procder lintronisation aprs un simulacre dՎlection du candidat dsign par le tsar et Boris. Le patriarche de Constantinople navait jamais pu rencontrer le candidat avant ce jour ! On procda donc le 26 janvier du calendrier julien 1589, non pas une intronisation, mais une sorte de re-conscration piscopale qui sՎcartait du typikon orthodoxe traditionnel, en disant en lui imposant lՃvangile avec la prire de la chirotonie piscopale :   La grce divine dsigne le trs pieux archevque Job pour devenir patriarche de Moscou et de toute la Russ . Mais Jrmie ne pouvait rien dire, car il tait entre les mains du puissant rgent et consacrait patriarche le favori de celui-ci, Job. Cela dailleurs ne le choquait pas particulirement, cet usage du Prince dsignant lՎlection du sige primatial son candidat tait gnral dans toutes les monarchies et avait t celui de lEmpire Byzantin du temps de sa splendeur. Et cest ici que se place la confirmation pour la nouvelle glise de faire elle-mme son Saint Myron. Le patriarche retint largumentation suivante : puisque que ce droit avait t accord au Sige de Kiev depuis au moins le XIVe sicle, (une date prcise nest pas connue), il tait transmis depuis ce sige, Kiev qui cependant le conservait pour lui-mme,  au nouveau Sige de Moscou ! Ainsi en droit canonique comme en charisme, le droit de faire son Saint Myron ne provenait pas dun droit accord ce jour-l par le patriarche de Constantinople au Patriarcat de Moscou, mais de la reconnaissance que ce droit ancien provenait du sige de Kiev. Mme dans le Saint Myron  la position de la Mtropole de  Kiev comme glise Mre de Moscou et de toute les glise Russ tait confirme. La production du saint Myron par le sige de Kiev est attache sa soumission canonique au patriarcat de Constantinople. Elle constitue la preuve charismatique que le sige de Kiev en conservant sa capacit de produire lui-mme son saint Myron ne pouvait dpendre de Moscou car ce privilge lui vient directement du patriarcat de Constantinople.

 

VI Schismes, schismes et encore schismes au XIXme sicle et au dbut du XXme sicle.

 

Ce principe perdurera et se manifestera dune manire violente avec des schismes rptition la fin du XIXe sicle et au dbut du XXe sicle lorsque les anciennes nations orthodoxes europennes (Bulgarie, Serbie, Grce, Roumanie), libres du joug ottoman, se refondront en tats souverains. Celles-ci exigrent que leurs glises orthodoxes nationales -dont lautocphalie avait t pour certaines, bulgare et serbe, supprime par le patriarcat de Constantinople (lui-mme soumis lautorit de lEmpire Ottoman), du fait de la disparition pour chacune dentre elles dun tat souverain et de ses frontires, principe ecclsiologique qui se conjugue dans les deux sens, proclament, sans le consentement patriarcal, leurs autocphalies originelles. Pour le cas de la Roumanie et de la Grce, les nouveaux tats ne voulaient pas que leurs glises nationales soient soumises un patriarcat infod la puissance sculire dun pouvoir ha, celui du vieil Empire Ottoman !

 

Avant le dbut du XXe sicle, il nexistait pas de patriarcat de Roumanie, et cest la chambre des dputs et le snat de cette nation qui proposrent lՎrection de Bucarest comme sige patriarcal. Le nouveau patriarcat de Roumanie a lui aussi connu un long schisme de la part de Constantinople pour avoir proclam, la fois son autocphalie qui le sparait de la juridiction de Constantinople, et pour avoir rig sa capitale en sige patriarcal. Rappelons brivement son histoire. La nation roumaine, comme on le sait, aprs une longue occupation turque sur une partie de son territoire, et austro-hongroise sur une autre, obtint son mancipation au Congrs de Paris en 1856, grce la nouvelle politique europenne de la France voulue par lEmpereur Napolon III. Celui-ci proposa que les deux principauts roumaines lisent chacune un hospodar. Toujours linitiative de Napolon III, elles choisirent le mme gouverneur : le Prince Alexandre Cuza. [13] Le nouvel tat, par la voix de son nouveau chef, le Prince Alexandre Cuza, qui runissait deux des quatre provinces roumaines, la Valachie et la Moldavie, proclama la constitution dune glise Nationale roumaine. La trs ancienne nation roumaine, dans son accession nouvelle un tat souverain exigea de son glise locale la rupture totale avec lautorit du Patriarcat de Constantinople, hrite du pouvoir turc. Le Patriarcat cumnique, comme on pouvait sy attendre, rompit sa communion avec la nouvelle glise autocphale roumaine, bien que des relations pistolaires continuassent dexister avec lune ou lautre des mtropoles roumaines. Les Roumains obtinrent canoniquement le 24 dcembre 1864 -5 janvier 1865, et sans les conflits habituels, leur sparation du patriarcat serbe de Carlovitz (aujourdhui disparu) alors situ dans lEmpire Austro-Hongrois et dont le Synode rigeait une mtropole autocphale de Transylvanie. Cest cette date quil faudrait retenir comme celle de la premire autocphalie moderne de lՃglise orthodoxe roumaine. Son sige tait alors Hermannstaad[14]. Il est noter que cette autocphalie accorde par le patriarcat de Carlovitz est lune des trs rares dans lhistoire moderne avoir t ralise sans schisme. Le patriarcat de Carlovitz, en migrant dans lEmpire Austro-Hongrois, se plaait hors de linfluence de lEmpire Ottoman. Cest pourquoi cette autocphalie demeure un fait unique dans lhistoire de lՃglise de cette poque. Les Roumains de Bukovine obtinrent neuf ans aprs, du mme patriarcat de Carlovitz, une autocphalie semblable. Ainsi, ces premires autocphalies roumaines ne devaient-elles rien Constantinople. Elles ne furent pas reconnues par Constantinople. Il faudra attendre le tomos patriarcal de 1885 pour que la communion entre ces glises soit rtablie : le schisme aura une dure de 21 ans. LՃglise de Roumanie, comme aujourdhui lՃglise dUkraine, avait t considre comme schismatique durant toute cette priode ! Lautocphalie roumaine de 1885 constitue en ralit lunion de toutes ces mtropoles, autocphales depuis dj vingt ans. Il faudra encore attendre la Confrence de la Paix Paris, en janvier 1919, pour que la Transylvanie soit rattache au nouvel tat roumain, ce qui favorisera lunion de ces diffrentes mtropoles autocphales. Aussi lautocphalie reconnue par le Patriarche Johachim IV en avril 1885 ne faisait quentriner des faits anciens et inluctables. Lautocphalie de lՃglise roumaine, exemple unique, tait en ralit constitue dՃglises orthodoxes locales unies par la mme appartenance nationale et linguistique, mais qui avaient vcu jusque-l sparment, et qui renonaient leur autocphalie ou autonomie spares, pour se regrouper en une seule glise autocphale. Il est noter que cest aprs lauto-proclamation faite par le Saint Synode de lՃglise autocphale de Roumanie, de lՎlvation la dignit patriarcale du sige de Bucarest le 4 fvrier 1925, que le Snat (12 fvrier 1925) et la Chambre des Dputs (17 fvrier 1925) du nouvel tat roumain, proclamrent officiellement le Patriarcat, plaant ainsi Constantinople devant un fait accompli. Sans la contribution de mon grand-pre Jules Laroche la Confrence de la Paix Paris, dont il fut lun des principaux conseillers et qui aboutit au Trait de Versailles, les frontires actuelles de la Roumanie, comme celles de son patriarcat, nexisteraient pas. Mon grand-pre Jules Laroche, revtu de la dignit dAmbassadeur de France[15], lՎpoque sous-directeur du Quai dOrsay, eut jouer un rle dterminant pour que la Transylvanie ft attribue aux Roumains et non aux Hongrois.[16] . Rappelons maintenant que toutes les rcentes autocphalies modernes du dbut du XXe sicle -Bulgarie, Serbie, Roumanie, glise de lHellade- ont subi de longs schismes.

 

voquons la dure de ces schismes qui parsemrent de nombreux sicles et qui ont tous eu le mme motif : lapplication de lecclsiologie dune glise locale orthodoxe par nation, comme pour lUkraine aujourdhui et comme pour la Macdoine qui est dans la mme situation vis--vis du Patriarcat de Serbie. La proclamation de lautocphalie de lՃglise bulgare en 1185 sera suivie dun schisme avec Constantinople qui durera jusquen 1234, date laquelle lՃglise bulgare obtiendra une premire fois la reconnaissance de son autocphalie par Constantinople. Dure du premier schisme bulgare : 50 ans. La proclamation de lautocphalie plnire de lՃglise de Serbie en 1446 par le Tsar Stefan Uros IV Dusan et qui ne sera reconnue quen 1475. Dure de ce premier schisme serbe : 29 ans. Le Patriarcat de Constantinople, nous lavons vu, excommunia lՃglise serbe durant toute cette priode. Pourtant les ordinations faites et les sacrements distribus dans ces deux glises au cours de ces priodes de schisme, sont aujourdhui considrs comme pleinement donns dans lՃglise orthodoxe. La seconde restauration du patriarcat de Pec 1528-1534 avec excommunication et dposition durera six ans. La troisime restauration se fera sans excommunication de 1557 jusquՈ la nouvelle suppression en 1766. Le patriarcat de Carlovitz dont nous avons parl plus haut se substitua un moment au patriarcat de Pec disparu. Mais il faut le souligner, ce transfert sur un autre territoire national de la presque totalit du peuple serbe avec son glise locale se faisait avec le consentement de lempereur dAutriche qui produit un dcret en ce sens. Rappelons les faits : En1690 le patriarche de Serbie Arsne Tchernoevith organise la migration massive vers lempire Austro-Hongrois de la majorit du peuple serbe alors sous domination ottomane. Lempereur Lopold, sollicit par le patriarche des Serbes qui, connaissant la tradition ecclsiologique orthodoxe, sait parfaitement quil est ncessaire que lautocphalie ancienne de son glise soit confirme du point de vue civil par les nouvelles autorits du nouvel tat dans lequel sinstallait son glise locale et en labsence dune autre communaut orthodoxe dans lempire. Lempereur Lopold reconnatra lautocphalie serbe ayant comme sige Carlovitz dans un diplme imprial sign du souverain en date du 20 aot 1691. Ce nouveau patriarcat saccrotra loccasion des deux autres migrations massives de la population serbe demeure dans les frontires de lempire Ottoman, en 1738 et en1788. Ce dplacement de lՃglise autocphale serbe se fondait sur le canon cumnique 39 du Concile Quinesexte, In Trullo Constantinople (691) qui consacrait une dcision impriale de lempereur Justinien Ier du prcdent transfert de lՃglise de Chypre sur le continent en Asie Mineure. Un sige lui avait t donn, celui de  Justiniapolis  titre conserv jusquՈ nos jours par le primat de lՃglise autocphale de Chypre. Le Concile Quinesexte, In Trullo, comme lempereur, plaait le territoire dtermin par des frontires connues et prcises avec toutes ces parchies locales prcdemment existantes sous lautorit du primat de lՃglise de Chypre. Le patriarcat de Carlovitz disparut en 1920 et fut remplac par une simple mtropole. La mme anne les parchies serbes toutes autonomes qui avaient t disperses dans les diffrentes nations qui sՎtaient partag le territoire national de la Serbie, sunirent en une seule glise locale. Cest cette occasion que se situe lorigine du schisme actuel de lՃglise macdonienne lorsque le patriarcat de Constantinople vendit le 16 mai 1920, pour 1.500.000 francs, lՎparchie de Macdoine la Serbie. Il le faisait, parce quՈ lՎpoque le nouveau royaume Serbe avait dans ses frontires la Macdoine du nord. Pour quune glise nationale existe titre autocphale, il lui faut les frontires dun tat souverain qui la reconnaisse. Cette rgle est inviolable. A loccasion de la restauration du royaume de Serbie avec la volont du nouveau monarque Alexandre, rgent de Serbie, le patriarcat de Pec fut rtabli et son nouveau patriarche dsign le 12 novembre 1920.[17] La proclamation de lautocphalie de lՃglise de lHellade en 1833 par le Roi Othon ne sera reconnue par le patriarcat de Constantinople quen 1850. Dure du schisme : 17 ans. La nouvelle proclamation de lautocphalie de lՃglise de Bulgarie, en 1872, ne sera reconnue quen 1938. Dure de ce dernier schisme bulgare : 66 ans, soit un total de 116 ans pour lensemble des annes o lՃglise bulgare resta en schisme avec Constantinople.

 

Les opposants lautocphalie de lՃglise dUkraine qui veulent maintenir notre glise et son peuple dans une sparation de communion avec lensemble de lՃglise Orthodoxe oublient de dire que toutes, absolument toutes sans exception, les nouvelles glises orthodoxes sont passes par ce chemin escarp et douloureux, et quelles ont t schismatiques et excommunies, et que par la suite le plerum de lՃglise Orthodoxe a dclar que durant ces longues priodes de schisme ces mmes glises navait jamais perdu la grce et que tous leur sacrements taient valides .

 

 

VII Lautonomie de la mtropole de Kiev sous lomophore du patriarcat de Constantinople et lorigine historique du statut canonique dExarchat confr par le Patriarche de Constantinople la Mtropole de Kiev.

 

Relisons une fois encore le Tomos de 1924, tout le Tomos, rien que le Tomos car cest en lՎtudiant que nous trouverons toutes les justifications la fois historiques, canoniques et ecclsiologiques qui, une fois rassembles, prouveront que la Mtropole de Kiev a toujours dpendu, du point de vue de son autonomie, de la Grande Eglise.

Un point capital figure dans le Tomos de 1924, sans quaucune date prcise, ni mme aucun nom du  premier Exarque, ne soit mentionn.

Nous lisons en effet :  la premire sparation de notre Sige de la Mtropole de Kiev et de la Mtropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dpendu, ainsi que son intgration au sein de l'glise Moscovite qui a  t accomplie  contrairement au droit canon comme aussi tout ce qui a t convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'glise de la Mtropole de Kiev, qui, l'poque, avait le titre dExarque du Sige cumnique.   

Nous devons nous intresser ce statut dexarchat afin de savoir dans quelles circonstances il fut accord, car il nest pas mentionn par hasard dans le tomos, ainsi que lidentit de son premier titulaire, qui sont donc revtus dune trs grande importance. A quel moment donc dans son histoire, la Mtropole de Kiev est devenue un Exarchat autonome du Patriarcat de Constantinople ?[18]

Lautonomie jusque-l observe Kiev nՎtait donc pas une pleine autonomie, car elle prsupposait que la dsignation du mtropolite de Kiev pouvait se raliser par une dsignation directe du patriarche de Constantinople. Souvenons-nous du pass aux nombreux exemples de dsignation pure et simple du mtropolite par le patriarche ; la pleine autonomie de la Mtropole de Kiev lui donnait le privilge de choisir son primat avec sa confirmation par le patriarche, et la libert de produire elle-mme son saint Myron a t accorde une date prcise dans lhistoire et certainement, en faveur dun mtropolite la personnalit emblmatique, qui avait su attirer la confiance, pour lui et ses successeurs, du Patriarcat de Constantinople.

Encore une fois la rponse que nous donne lhistoire dpasse nos esprances.

Il faut revenir au contexte que nous avons examin dans cet article dune Mtropole de Kiev situe entre deux tats en guerre, soit la Pologne et la Russie, et chacune de ces nations sefforant dannihiler la conscience patriotique ukrainienne et son plus puissant vecteur, son glise locale, la Mtropole de Kiev. Lorsque dans la grande priode dinstabilit que traversait lUkraine et les perscutions anti-orthodoxes de la part du royaume de Pologne pour favoriser lunion de Brest, le patriarche Thophane de Jrusalem procda des chirotonies piscopales en secret, ralises la nuit dans des glises sans lumire allume.[19] Ainsi un mtropolite de Kiev avait t consacr en 1620 Peremyls, puis transfr Kiev en 1631. Le Mtropolite de Kiev non ratifi par Constantinople, mais cependant accept par le nouveau roi de Pologne Wladyslav se nommait Iase Kopinsky. Il avait succd en 1631 au Mtropolite Job Borestsky consacr dans les mmes conditions. Comment de telles conscrations piscopales avaient-elles pu se produire ? Le patriarche Thophane IV de Jrusalem, en visite en Russie, tait pass par la Pologne o il sՎtait rendu compte de la situation dsastreuse dans laquelle se trouvait la mtropole ukrainienne ( la suite de lunion dune grande partie de sa hirarchie avec lՃglise catholique), prive ainsi dՎvque, et des besoins urgent du clerg et du peuple davoir des hirarques instruits capables de donner un enseignement orthodoxe appuy sur de vritables connaissances de la Tradition des saints Pres, non seulement de clbrer, dordonner de nouveaux prtres et diacres mais galement de les reprsenter auprs des autorits civiles. Thophane arriv en Russie trouva un appui moral sur lide mme de consacrer en secret des vques pour la mtropole de Kiev auprs du Patriarche de Moscou Filaret (1619-1633)[20] et du tsar Michel Romanov  (1613-1619), puis de 1619 1633 la diarchie avec son pre Fdor Romanov devenu le patriarche Filaret, puis aprs la mort de Filaret, Michel rgnera seul jusquՈ son trpas en 1645.[21] A cette poque les guerres incessantes avec la Pologne rendaient acceptable pour les autorits russes lide mme dune stabilit religieuse en Ukraine indpendante du patriarcat de Moscou, avec lappui des Cosaques farouchement contre lunion de Brest. La protection des Cosaques fut dailleurs requise pour protger le retour du patriarche de Jrusalem en Ukraine et lhetman des Cosaques Pierre Konashevitch-Sagadaichny ancien lve de lAcadmie dOstrog et co-fondateur de lՎcole de la fraternit de Kiev qui propageait auprs des populations ukrainiennes la culture classique et surtout toute la thologie de lEglise orthodoxe.[22] Il est trs important davoir lesprit lorsque lon tudie cette priode que devant les perscutions de lՎtat polonais contre les orthodoxes, et ladhsion dune partie des familles de la noblesse ukrainienne lunion, qui faisait faire leurs enfants des tudes selon le modle occidental, dans les collges jsuites, source incessante de conversions de lorthodoxie au catholicisme, virent alors le jour de  fraternits  dont le premier but tait la transmission de la foi orthodoxe par lՎducation. Ces  fraternits  nes dans les villes taient le plus souvent - mais pas exclusivement  cres et organises par les Cosaques, comme par exemple  La Fraternit du rgiment Zaporogue  LՎclat culturel et spirituel de ces fraternits dpassa largement les frontires de lUkraine et les fraternits de Lvov et de Vilna virent leurs statuts approuvs par un dcret du Patriarche de Constantinople Jrmie en 1586, ce qui entrana un rsultat inespr : celui de recevoir des chartres royales reconnaissant la lgalit de ces fraternits en Pologne.[23]Laction des fraternits fut considrable dans le domaine de lՎducation : Elles crrent des coles, formrent et recrutrent des professeurs et, dans les rgions de lUkraine du Sud o vivait une importante diaspora grecque, les coles de ces fraternits furent organises selon le schma grec, avec des professeurs grecs qui leur enseignaient le grec patristique[24]. Mais reconnaissons que ce travail, pour admirable quil soit, aurait d tre celui de la hirarchie ecclsiastique orthodoxe, absente depuis lunion de Brest.

Thophane qui tait dans la position prvue par le droit canon lorsque les deux ou trois vques (Ier Canon Apostolique) ncessaires une chirotonie ne peuvent se dplacer, mais quun seul hirarque a le consentement dun synode. Dans ce cas Thophane pouvait procder seul la premire conscration ; ensuite, avec les vques quil avait consacrs, il clbra cinq autres chirotonies piscopales. Cest lui qui dsigna le nouveau mtropolite de Kiev Job Boresky, ancien directeur de lՎcole thologique de Lvov puis de Kiev. LՃglise uniate contesta la validit de ces conscrations. Il ne fait aucune doute que le patriarche qui sigeait, comme il a t expliqu plus haut, dans le synode permanent du patriarcat de Constantinople, nagissait l pas en tant que patriarche de Jrusalem mais comme le reprsentant du patriarche cumnique qui avait la juridiction canonique sur la mtropole de Kiev, et quil avait pris soin davoir laccord du puissant patriarcat de Moscou et du  souverain russe.

 

VIII :  Le premier exarque de la Mtropole de Kiev : Saint Petro Moghyla !

 

Un nouveau personnage central apparat, lun des plus grand hirarques lesprit universel, saint Petro Moghila (1633-1647), que Sa Saintet notre patriarche Filaret fut dans son esprit prophtique le premier canoniser avec le saint Synode en 1998, avant que ne le fasse, sa suite, lՃglise ukrainienne du Patriarcat de Moscou.

Petro Moghila, on le sait, tait le neveu de lhospodar de Moldavie. Son Oncle Georges tait le puissant mtropolite de Suceava en Moldavie et la famille rsidait Iassy. Il est n en 1536, anne qui voit se couper en deux lEglise dUkraine avec le trait dUnion de Brest. Ce sera lune des priorits de Petro Moghila, devenu mtropolite de Kiev, de recouvrer lunit des deux parties de son glise. Ce sont les circonstances de cette lection, suivie de sa conscration piscopale, qui sont au cur de notre sujet : Souvenons-nous quil existait au moment du Concile qui va dsigner comme Mtropolite de Kiev Petro Moghyla un mtropolite de Kiev consacr en secret par le patriarche Thophane de Jrusalem. Mais lՃtat polonais navait, on sen doute, jamais reconnu cette conscration ni celle des autres vques, qui si, sacramentellement, tait valide, demeurait illicite au sein dun Royaume polonais. Le Nouveau patriarche de Constantinople Cyrille Lukarisis ne lignorait pas et ce fait contrevenait de multiples canons fond ecclsiologique et empchait toute action directe du patriarcat cumnique sur sa mtropole locale kievienne. Il tait urgent pour le nouveau Roi de Pologne de tenter dapaiser la colre des Cosaques et de sortir de cette impasse.

Le chemin personnel du jeune Petro Moghyla le prparait mieux que quiconque devenir le hirarque de la rconciliation entre la mtropole orthodoxe de Kiev  et le pouvoir royal polonais. Ses tudes et ses professeurs, nous devrions dire ses matres, parlaient pour lui. Son ducation polonaise comme fils de la noblesse roumaine le rendait tranger la mfiance qui entourait les lves ruthnes non unionistes. Il tait du point de vue des autorits polonaises un Orthodoxe bien intgr la socit dirigeante polonaise. Il fait ses premiers pas dans les tudes luniversit de Zamosc qui avait t fonde par Jan Zamosyski, Grand Chancelier de Pologne. Il va ainsi faire en France un sjour Paris luniversit. A la mort de son Pre lOspodar Jrmie Moghyla, il devient le pupille du chancelier Stanislaw Zolkiewski .  Sa rencontre avec les dirigeants Orthodoxes se fera avec son second parrain lhetman Chokkiewcz. Intellectuel brillant, sa rputation parvient la cour royale polonaise. Il possde des atouts majeurs pour celle-ci : il est la fois Orthodoxe, patriote polonais convaincu, ouvert aux valeurs intellectuelles de lOccident qui caractrisent toute la socit polonaise et, surtout pour cette socit hostile la prsence dune importante population ukrainienne dans le pays, Petro Moghyla nest pas Ukrainien.

Petro Moghyla entre au monastre des Grottes de Kiev en 1625 et rapidement il se fait connatre par sa culture encyclopdique. Le roi Sigismond III Vasa (1587-1632) de Pologne, sur recommandation du Chancelier Thomas Zamosysky, le nommera archimandrite de la Laure des Grottes de Kiev. Rappelons ici le statut canonique particulier de la Grande Lavra qui est stavropigiaque du patriarcat de Constantinople. Une parenthse simpose ici : notre connaissance aprs le rapt anti-canonique par le patriarcat de Moscou de la mtropole de Kiev on n jamais abord le statut canonique particulier de la Grande Lavra  qui ne dpendait pas du sige de Kiev mais comme stravopigiaque directement du Patriarche de Constantinople. Aujourdhui, moins que des documents que je ne connatrais pas existent, ce dont je doute, la Grande Lavra des Grottes de Kiev devrait revenir son statut canonique initial qui na jamais t annul par un tomos dans ce sens de la part du patriarcat cumnique. Ds quil est la tte de la Grande Lavra, il se considre comme indpendant du mtropolite de Kiev quil ne reconnat pas et impose des rformes qui rencontrent la dsapprobation dune partie des moines. Il y fonde notamment une cole latino-polonaise en opposition et en comptition avec la fameuse cole slavo-hellnique de Kiev. Une rvolte enflamma le monastre des Grottes de Kiev et Petro Moghyla dut faire face la violence physique de nombreux moines et de cosaques. Larchimandrite Petro Moghyla avait le don de la parole et fit face calmement la foule en dployant ses arguments qui furent convaincants. Il fusionna les deux coles et renfora le niveau intellectuel des professeurs. Il faisait entrer non seulement le centre historique de lՃglise kievienne que constituaient les Grottes de Kiev, mais la Mtropole entire dans une nouvelle re. Cela se sut et cela plut aux autorits polonaises qui voulaient apaiser les tensions entre Ukrainiens orthodoxes et Ukrainiens uniates et, dune manire gnrale, entre Ukrainiens et Polonais.

 

Cest dans ce contexte quau moment du changement de monarque, aprs la mort du roi Sigismond III en avril 1632, et la monte sur le trne de Pologne du nouveau roi Wladyslaw IV les Orthodoxes obtinrent de la dite polonaise un certain nombre davantages intituls  Points de pacification pour la religion grecque  parmi lesquels la lgalisation de lEglise orthodoxe.

LՎlection par les 49 votants, lunanimit, suivie de la dsignation par le nouveau roi de Pologne Ladislas IV (1632-1448) du dlgu du clerg orthodoxe de Kiev la dite polonaise, voyait lgaliser la prsence dune glise orthodoxe nationale dans le royaume de Pologne. Le grand historien ukrainien Arkady Joukovsky crit :  A la dite lectorale de 1632 ( Varsovie), lEglise Orthodoxe fut reconnue, les  articles de pacification du peuple ruthne de religion grecque  furent adopts et les orthodoxes purent avoir leur propre hirarchie. Ptro Mohyla (Moghila) fut lu mtropolite de Kiev et reconnu par lՃtat Polonais.  Ptro Moghila[25] tait dsign dans le dcret comme tant  un prince de Moldavie . Ce fait historique montre louverture royale polonaise lindpendance de la mtropole orthodoxe de Kiev. Sur dcision royale, des glises qui avaient t prises aux orthodoxes par les Greco-Catholiques, notamment la cathdrale Sainte Sophie, sont rendues la mtropole orthodoxe. LՎlection du nouveau mtropolite fut confirme, comme cՎtait lusage, par le patriarche Cyrillios Lukaris de Constantinople.

Mais une difficult majeure subsistait pour le nouveau monarque, plus ouvert que son prdcesseur aux orthodoxes. Ni lui, ni les autorits polonaises ne pouvaient accepter que des sacres piscopaux se soient produits en secret sans lautorisation de lՎtat. Les sacres taient reconnus comme valides (les vques taient de vritables vques), mais demeuraient illicites (les vques ne pouvaient exercer leur piscopat en Pologne).

La solution qui fut trouve conduisit naturellement la pense quil fallait remplacer tous les hirarques consacrs par le patriarche Thophane de Jrusalem par de nouveaux vques dont lՎlection serait ensuite ratifie par le souverain polonais, tout cela en conformit avec le droit canonique orthodoxe. Devant lurgence de la situation dont avaient conscience les principaux acteurs de la rforme, les membres orthodoxes de la dite,  lՎlection du Mtropolite de Kiev se fit la dite. Ces dputs ukrainiens qui venaient enfin darracher la lgalisation de lՃglise orthodoxe face lՃglise unie Rome pensaient quil fallait se saisir de cette occasion unique dans leur histoire avec la Pologne, pour arracher aux autorits polonaises, devenues bienveillantes, la nomination dun nouveau mtropolite qui ferait lunanimit entre les Polonais et les Ukrainiens, homme de compromis qui ne pouvait pas tre lactuel mtropolite Iase Kopinsky consacr dans la clandestinit.

LՎlection de Petro Moghyla fut immdiatement ratifie par le nouveau souverain ; le mtropolite de Kiev Iase Kopinsky, qui sՎtait dj oppos Petro Moghyla devenu archimandrite des Grottes lorsquil cra son collgium latin, fut contraint de dmissionner. Une certaine agitation se produisit et cest pour cette raison que la conscration piscopale de Petro Moghyma neut pas lieu dans la cathdrale Sainte Sophie Kiev, mais elle fut clbre Lvov par lՎvque Jrmie Tisarovsky de Lvov. Deux des trois autres vques conscrateurs avaient t consacrs par le patriarche Thophane de Jrusalem, et le troisime tait grec.[26]

Mais ce qui nous intresse dans cette histoire cest sa conclusion ecclsiologique. Trs inform de la situation le Patriarche de Constantinople Cyrillios Lukarisis (novembre 1620 - avril 1623 puis 1633, puis septembre 1633- octobre 1634, puis octobre 1633- fvrier 1634, puis avril 1634- mars 1635  et enfin mars 1637- juin 1638), qui approuvait sans rserve la nouvelle organisation de la Mtropole de Kiev, Petro Moghyla voulut la renforcer pour la mettre pour lavenir labri de toute tentative dhgmonie et renforcer son autonomie. Le nouveau Mtropolite de Kiev fut lev au rang  dExarque du sige apostolique  de Constantinople.  [27] Cest dans ce contexte prcis qui avait comme consquence canonique de placer la retraite tous les vques ukrainiens des siges dՎparchies consacrs illgalement aux yeux de lՃtat polonais, que le patriarche de Constantinople levait au rang dexarque le nouveau mtropolite et accordait la mtropole de Kiev, avec le consentement de lՃtat souverain polonais, ce statut dExarchat dune trs grande autonomie. Nous y reviendrons plus loin.

Cest ce dcret que fait rfrence le Tomos de 1924 !  Soulignons ici que non seulement ce dcret na jamais t annul, ni par la Mtropole de Kiev qui nen avait pas le pouvoir canonique, ni par le patriarcat de Moscou qui ne le mentionnera jamais et qui nen navait pas le pouvoir canonique, ni par le patriarcat de Constantinople, mais quil a t ractualis dans son fond comme dans sa forme et son contenu par le Tomos de 1924.

La haute dignit assortie de nouvelles responsabilits et dune plus grande autonomie,  dExarque du sige apostolique de Constantinople  pour le titulaire du sige de Kiev, a servi de jurisprudence canonique pour que les auteurs du Tomos de 1924 dclarent anti-canonique la captation de la Mtropole de Kiev par le patriarcat de Moscou. Le rang dExarque du titulaire du sige de Kiev ne peut donc tre contest par le Patriarcat de Constantinople qui lutilise lui-mme dans son Tomos.

Nous ne pouvons dans ces lignes retracer toute lhistoire de lUkraine Mais nous devons, comme le patriarcat de Moscou y fait lui-mme rfrence, rappeler les circonstances qui ont rattach, bien avant la conqute de lUkraine par la Grande Catherine, le sige de Kiev au patriarcat de Moscou. Ce sera un peu long.

 

Un trait de Paix fut sign en 1654 avec le Tsar par les Cosaques qui reprsentaient lensemble de la nation ukrainienne, pour faire chapper lUkraine la tyrannie polonaise. Il faut se souvenir qu'en 1654, le territoire actuel de l'Ukraine moderne nՎtait pas entr sous la domination de lEmpire Russe. La plupart des parchies de la Mtropolie de Kiev sont demeures dans le Royaume de Pologne. A la question de savoir pourquoi le patriarcat de Constantinople navait pas depuis longtemps accord lautocphalie lՃglise locale dUkraine, plus ancienne que celle de la principaut russe de Moscou, nous avons dj rpondu plus haut. Mais il nest pas inutile de redfinir ce principe qui inspire toute lecclsiologie des glises nationales : il faut imprativement, cest--dire obligatoirement  que les dirigeants dun tat souverain, en premier le chef de lՃtat, demandent au patriarcat de Constantinople quil octroie lautocphalie pour que ce dernier puisse en examiner lopportunit et la ralisation. Or durant toute son histoire et jusquen 1924, aucun tat souverain qui contrlait une partie ou la totalit du territoire national ukrainien navait fait une telle demande. Rsumons brivement que la mtropole de Kiev a vcu dans une large autonomie, avec comme ge dor le pontificat de Petro Moghyla qui fut lev avec son sige au rang dexarchat. Durant cette longue priode lՎglise dUkraine se renfora spirituellement en maintenant dans son enceinte, avec la cration dՎcoles, duniversits et dimprimeries,  la diffusion de la langue et de la littrature comme de lhistoire ukrainienne.

 

Le tout premier geste, la fois symbolique et politique, qui annonait la sparation du sige mtropolitain de Kiev avec son glise Mre le patriarcat de Constantinople fut celui de lhetman Vygovsky qui faisait lire sa place le fils de Bogdan qui sՎloigna immdiatement de la politique prconise par le mtropolite de Kiev et le prcdent hetman, en faisant allgeance Moscou en 1659. Le 27 octobre 1659, le fils de Bogdan Khmelnitsky tait devenu l'hetman de la rive gauche. Il signait avec Moscou un nouveau trait. Notamment, dans ce nouveau trait, propos par lambassadeur du tsar, le prince Troubetskoy, il y tait mentionn pour la premire fois le point suivant dans son Article 8: Le Mtropolite de Kiev et tout le clerg de la  Petite Russie [28] seront sous lomophore du patriarche de Moscou. [29]

 

Il est donc noter que ce nouveau trait se distinguait compltement dans son fond comme dans sa forme, de celui de Priaslavi sign en 1654 qui au contraire garantissait lautonomie de la Mtropole de Kiev. Dans le trait du 27 octobre 1659 Ioury Khmelnitsky vendait vil prix lautonomie de la mtropole de Kiev en signant lengagement daccepter lautorit canonique suprieure du patriarcat de Moscou. CՎtait cependant un document  sans aucune valeur canonique, puisquen premier lieu le Patriarcat de Constantinople, glise Mre de Kiev navait pas donn sa bndiction pour ce transfert de son autorit au Patriarcat de Moscou ; et quen second lieu puisquaucun concile kivien navait t rassembl, et que de ce simple fait, aucune signature, ni du mtropolite ni celle dun seul vque, navait t appose sur le document. Seul le Patriarcat de Constantinople pouvait dtacher de son autorit canonique le sige de Kiev, et il ne lavait pas fait.

 

En octobre 1659 le prince Alexandre Nicolas Troubetskoy fut nomm conjointement par le tsar et le patriarche de Moscou, comme une sorte de Locum Tenens lac du trne de la Mtropole de Kiev auprs de l'vque Lazare Baranovitch. Ce dernier  accepta cette situation, mais il navait gure le choix. A partir de ce moment la division ecclsiastique de deux glises ukrainiennes, lune vritablement ukrainienne et lautre sous contrle russe, ce que nous observons encore aujourdhui en Ukraine, sinstalla : la Mtropole de Kiev s'est fractionne en ralit en deux parties. Sur le territoire de l'tat Polonais le mtropolite Denys Balaban continuait son activit piscopale dans une glise vritablement ukrainienne et, sur les terres sous contrle de la puissante Moscou, le pouvoir suprieur de lՃglise tait entre les mains de l'vque Lazare qui obissait au patriarche de Moscou et au tsar. On le voit, clairement cette situation est comparable celle qui existe aujourdhui en Ukraine avec deux principales glises ukrainiennes, lune dpendante de Moscou et lautre revendiquant sa filiation avec Constantinople. A partir de ce moment-l, Moscou aspire intensifier son influence y compris sur lՃglise en terres ukrainiennes. Comme dit le proverbe  Lorsque lon a got un morceau du gteau, on veut toujours le manger en entier. 

 

 

 

 

IX Troubles de la mtropole de Kiev dans la seconde moiti du XVIIe sicle

 

 

En 1661 Moscou le mtropolite Pitirim, Locum Tenens du Trne du patriarche, sacra  l'vque Mthode (Filimonovitch) de Mstislav qui fut nomm en mme temps Locum Tenens de la Mtropole de Kiev. Cette action eut des consquences dsastreuses.  En 1662 le Patriarche Nikon anathmisa le mtropolite Pitirime et le Patriarche de Constantinople pronona lui aussi l'anathme sur le prtendu Locum Tenens du sige de Kiev, Methode[30] Finalement la majorit du clerg ukrainien situ en zone russe refusa d'obir au nouveau  Locum Tenens. De sorte que cette premire tentative de nomination directe par Moscou du candidat au trne de Kiev essuya un chec. A nouveau 1667 une tentative de soustraire lomophore du patriarcat de Constantinople la Mtropole de Kiev fut organise par le patriarcat de Moscou. Celui-ci runissait un concile local Moscou. Dans les dcisions du concile figurait celle de l'augmentation du territoire de lՎparchie de Tchernigov et son lvation au rang dArchevch. Le nouvel archevque tait Lazare Baranovitch. Mais cette dcision avait t prise sans consultation et sans bndiction du Patriarcat de Constantinople. Le Patriarche de Constantinople ne reconnut donc pas sa lgitimit. Une fois encore Moscou avait lamentablement chou dans sa tentative dannexion de lUkraine et de la Mtropole de Kiev.[31] _

 Une heureuse parenthse commena, qui aurait pu devenir le second Age dOr de lUkraine. En 1668 Petro Dorochenko est devenu l'hetman des deux rives du Dniepr. Il russissait unir pour un temps bref sous son pouvoir toutes les terres ukrainiennes. En 1663, au Concile ukrainien d'Ouman tait lu comme Mtropolite et confirm dans ce titre par le roi de Pologne, sur le trne de la Mtropole de Kiev, Joseph Neljubovitch-Toukalsky (1663-1673). Il tait confirm galement par le Patriarche de Constantinople qui se rjouissait de voir revenir sous son omophore lensemble des terres ukrainiennes. Le Mtropolite Joseph tait un ardent dfenseur du lien canonique avec Constantinople. C'est pourquoi, tant arriv Kiev, il promulgua un ukase interdisant toute commmoration dans les glises du tsar Alexe Mikhalovitch, seulement l'hetman Pierre. Le Mtropolite Joseph dposa de son piscopat l'vque Mthode Filimovich, le condamnant la rclusion dans le monastre dOuman[32]. Le Mtropolite Joseph est dcd le 26 juillet 1675. A partir de temps-l le Locum Tenens (Patriarcat de Moscou) tait de nouveau Lazare Baranovitch. Le trne Mtropolitain  est rest vacant jusqu'en 1685. Le 18 novembre 1683 dcdait l'archimandrite de la Grande Lavra de Kiev, Innokenty Gizel.  Le nouvel hetman des cosaques, Ivan Samojlovitch, au lieu de sadresser, comme cela tait la tradition sculaire, au patriarcat de Constantinople, (la Grande Lavra des Grottes de Kiev, ayant lՎpoque le statut de monastre Stavropigiaque[33] du patriarcat de Constantinople), crivit une lettre au Patriarche de Moscou Ioakim, en lui demandant sa bndiction pour l'lection du nouvel archimandrite de la Grande de Lavra de Petchersk. Dans sa rponse crite le patriarche remerciait l'hetman quil se soit adress lui, et le bniaaait pour lՎlection du nouvel archimandrite.[34] 

 Mais cette prise de position pro-Moscovite de l'hetman ne trouva pas le soutien du clerg et des fidles de Kiev. Une nouvelle assemble fut runie pour lՎlection de  lArchimandrite. Le nouvel lu, le hiromoine Varlaam Yasins, fut lu par lensemble du clerg et des moines, sans solliciter la confirmation des droits, ni Constantinople, ni Moscou. Lassemble ainsi que le nouvel archimandrite lu se sont adresss lArchevque Lazare Baranovitch de Tchernigov, qui pourtant devait son titre darchevque au patriarcat de Moscou, et qui redevenant ukrainien, sempressa de confirmer lՎlection et dintroniser le nouvel archimandrite. D'ailleurs la menace de la part de l'vque de Lvov Joseph Choumlyansky de semparer  de la Lavra a oblig le nouvel Archimandrite Varlaam, de demander la confirmation de ses responsabilits au Patriarche Ioakim. Finalement le Patriarche de Moscou tablit un ukaze qui confirmait lՎlection de Varlaam dans lequel  furent prciss les devoirs de l'Archimandrite de Lavra de Petchersk, et confirms ses anciens privilges[35] Sauf un privilge majeur : Du point de vue canonique cette action du Patriarche Ioakim annonait le rapt de la mtropole de Kiev au dtriment du Patriarcat de Constantinople, car ce retrait du Monastre de la juridiction du Patriarche de Constantinople, tait, double titre, anti-canonique : Il faut retenir quՈ cette poque la Grande Lavra de Kiev tait un monastre stavropigiaque[36] du Patriarcat de Constantinople et ne dpendait donc que de l'glise de Constantinople.[37] Son statut tait comparable celui du Mont Athos.

La Mtropole de Kiev entra alors dans une succession de titulaires phmres avec des priodes de vacance du sige lis linstabilit politique. En 1684 le patriarche de Moscou Ioakim ( 1674-1690) et le tsar de Russie Ivan V (1682-1696) sous la  rgence de Sophie de Russie (1682-1689), signrent ensembles un courrier adress au Patriarche de Constantinople pour lui demander un ukase patriarcal leur permettant de choisir eux-mmes nouveau mtropolite de Kiev et de lintroniser. Il faut cependant dire que le sige de Kiev tait demeur vacant dix ans depuis le trpas du prcdant Mtropolite de Kiev Joseph Nelubovitc-Toukasly (1663-1673), mais cela ne justifiait pas que lon ne fit pas appel au Patriarcat de Constantinople pour dsigner et pourvoir la chaire mtropolitaine autonome de Kiev. Un autre danger se dessinait pour le Patriarcat de Moscou et qui terme serait tout autant devenu menaant pour une Mtropole de Kiev orthodoxe demeurant unie au patriarcat de Constantinople. La longue vacance du sige de Kiev situ en Pologne, avait aiguis lapptit de l'vque de Lvov Joseph Choumlyansky qui sՎtait fait confirmer par le roi de Pologne comme administrateur de la Mtropole de Kiev. Et cela dans le dessein avou de faire adhrer lunion de Brest (1596) la partie la plus importante du clerg et des croyants orthodoxes qui jusque-l sy taient opposs. Cette prise de position de lՎvque de Lvov, politique autant quecclsiastique tait, on sen doute, encourage par le souverain polonais. 

 

Dans ces circonstances lhetman Samojlovitch, devant un danger aussi immdiat, dcida non pas den appeler Constantinople, mais de recourir au Patriarcat de Moscou. En effet, en appeler la Grande glise supposait quelques semaines pour transmettre et ensuite recevoir dans le meilleur des cas la venue dun mtropolite grec sur place, et dans le moins bon des cas recevoir une lettre canonique donnant des instructions. Lhetman constatant quil ne disposait pas sur place ou proximit des moyens pour empcher lunion, se rsolut donc sadresser au patriarche Ioakim de Moscou, le 31 octobre 1684. Le Patriarche de Moscou dans sa rponse motiva pour intervenir Kiev, la ncessit du remplacement le plus rapide de la chaire vacante de Kiev parce que dans la Puissance Polonaise les uniates, leur clerg, les gens sintitulent eux aussi   mtropolites de Kiev  et  archimandrite de la Lavra  pour, de ce fait, voler la Mtropolie de Kiev [38] Simultanment, sans attendre la rponse de Constantinople le tsar et le patriarche rassemblrent un concile Kiev compos du seul clerg de la cit et dans lequel les reprsentants des cosaques taient plus nombreux que les vques, les prtres et les moines. Le concile dans ces conditions non canoniques lit et intronisa sans attendre la rponse de Constantinople lՎvque de Loutsk comme mtropolite de Kiev dont lՎparchie tait alors situe en Pologne. Le nouveau mtropolite Gdon Tchetvertinsky (1685-1686) qui avait fui la Pologne pour chapper la polonisation de son parchie, faisait clairement le choix de faire entrer la Mtropole de Kiev avec lUkraine sous lomophore du Patriarcat de Moscou. Un second acte anti-canonique fut alors ralis par le nouveau mtropolite de Kiev, ce qui en dit long sur la valeur de ses engagements : le Patriarche de Moscou Ioakim (1674-1690) qui avait runi le Concile venant de dcder (1690) et son successeur nՎtant pas encore ni lu ni donc intronis, il prta serment au futur patriarche devant un trnevide !

 

Il est certain pour lhistorien que la menace bien relle dun basculement dune seconde partie de la Mtropole de Kiev vers lunion dteste avait t lune des composantes, et certainement lune des justifications, pour le Patriarcat de Moscou de semparer de la mtropole convoite.

 

 

X Histoire de lachat par Moscou de la mtropole de Kiev

 

Une action de diplomatique de grande envergure commena, entreprise la fois par les reprsentants du tsar et ceux du patriarche de Moscou Ioakim. Un ambassadeur fut choisi dans le clerg du patriarcat. CՎtait probablement un moine (il est dsign simplement dans les documents de lՎpoque comme un clerc, sans autre dfinition) nomm Nikita Alekseev. Il tait accompagn dune petite dlgation dont les noms des membres nous sont inconnus. Il tait muni de tous les documents provenant du Patriarche Ioakim, et des  Tsars Ivan et Pierre ainsi que de l'Hetman Ivan Samojlovitch, qui lhabilitait tous les reprsenter. Il fut envoy Adrianapolis[39] .Ce personnage de lombre apportait avec lui des milliers de roubles en or, dun montant astronomique, dont nous reparlerons plus loin, et des peaux de zibeline. Sa mission tait la fois simple dans sa demande, et complique dans ses rpercutions gopolitiques et ecclsiologiques, car elle impliquait non seulement un consentement difficile obtenir des autres patriarches orientaux et du premier dentre eux le patriarche de Constantinople, mais galement celle du Grand Vizir Turc, qui avec le Divan voyait avec mfiance les sjours Moscou de certains patriarches. Arrive Adrianapolis au printemps 1686 lambassade russe rencontra dabord son reprsentant diplomatique informel, un grec nomm Grgorios  Metsevit. Celui-ci eut des difficults faire comprendre la dlgation russe qui ne semblait  voir dans cette affaire quune question purement ecclsiastique quil tait indispensable de rencontrer en tout premier lieux le Grand Vizir Sari Sleman Pacha (18 novembre 1685-18 septembre 1687). Grgorios Metsevit expliqua en particulier Nikita Alekseev :   Si le Patriarche fait cette affaire sans dcret du Grand Vizir, certains mtropolites rapporteront immdiatement au Grand Vizir que le patriarche sentend par une lettre avec Moscou, on excutera le Patriarche tout de suite [40]

Des liens qui avaient commenc au baptme de Kiev existaient conjointement avec lՃglise russe, de la part du patriarcat, mais galement avec tous les autres siges patriarcaux orientaux sous domination ottomane, soit Alexandrie, Antioche et Jrusalem. Le clerg grec visitait rgulirement Moscou, y recevant au passage des aumnes gnreuses. Nous pouvons comprendre que les visites de prlats grecs taient une source dinformation sur lՎtat de lEmpire Ottoman. Mais de l penser selon l'expression du professeur N.F. Kapterev que ds la fin du XVIe sicle les Patriarches Orientaux deviennent les agents politiques des tsars de Moscou  il existe un foss que nous ne franchissons pas, car ce serait mconnatre les liens qui sՎtaient tablis entre le Patriarcat de Constantinople et le Divan. En ralit le pouvoir de la Grande glise avait dcupl depuis la chute de Constantinople en 1453. Le patriarche hormis sa fidlit exige lEmpire Turc, navait plus partager son pouvoir avec lEmpereur chrtien. Il tait devenu sans contestation possible letnarque[41] de toutes les nations chrtiennes de lEmpire considres comme des grecs par les Ottomans. Dsormais le Patriarcat de Constantinople dominait les trois autres patriarcats orientaux dont, travers le synode permanent, il nommait les titulaires. Sa juridiction directe sՎtendait sur les anciennes glises nationales disparues de Serbie et de Bulgarie, toutes hellnises de force pour y faire disparatre le sentiment patriotique attach chaque glise locale. Seules exceptions bnficiant dune relative autonomie, parce que protges par les princes roumains vassaux du sultan, les petites glises locales mtropolitaines roumaines[42].  

Que certains prlats grecs aient tent de jouer, au risque de leur vie, ce jeu-l, pour chapper la tutelle du puissant patriarche de Constantinople, cela ne fait aucun doute; mais ce fait ne constituait pas l une politique gnrale du patriarcat de Constantinople qui aurait t tablie secrtement une fois pour toutes dans ses relations avec Moscou. Le patriarcat aurait eu beaucoup trop perdre, sil sՎtait engag dans une telle politique et aucun fait historique probant ne le confirme. Il faudra pour cela attendre la fin du XIXe sicle et le dbut du XXe sicle aprs la dbcle de 1918 de lEmpire Ottoman dans son alliance avec les deux empires germaniques et le rveil des nations europennes situes dans lex-Empire Ottoman, la Roumanie, la Serbie, la Grce, lAlbanie et la Bulgarie, cette dernire bien quallie des Allemands.[43]  

Il est certain que la notion  despions doubles [44], qui renseignaient le Grand Vizir, pouvait sappliquer lensemble des prlats grecs autoriss voyager en dehors de lEmpire Turc. Comment ne pas se souvenir, pour comprendre la situation, du statut de certains vques orthodoxes des pays de lEst au temps de la guerre froide. Lhistorien N. F Kapterev donne comme argument pour prouver la russophilie de tous les prlats grecs, lexemple du  Patriarche Dosithe de Jrusalem qui, dans un des diplmes adresss au tsar de Moscou, crivait ouvertement : Dans Votre Puissance garde par Dieu, nous avons le grade dun espion [45].  Quelle navet de penser que cette lettre, qui pouvait tre lue par les espions turcs extrmement bien organiss, avait pu tre envoye sans le consentement des autorits ottomanes ? La ralit est la mme qui a exist dans certains pays de lEurope de lEst lՎpoque du  rideau de fer  et qui na pas t invente par les Bolchviques. Au XVIIe sicle une poque dans laquelle les personnes qui voyagent constituent un pourcentage trs faible de la population, chaque tat demandait ses nobles, ses commerants, comme ses  religieux qui sjournaient dans un autre pays, de lui faire un rapport crit sur tout ce quils avaient pu observer.

 Cependant il fallait que les choses se passent dans un seul sens. Les patriarches dAntioche et de Jrusalem furent destitus aprs leurs sjours Moscou et en 1657 un avertissement sans appel tait donn au patriarche russophile de Constantinople Parthnios III (1656-1657) qui fut pendu au motif dune intervention faite auprs de la Sublime Porte en faveur de la Russie. De tels chtiments sappliquaient, tout autant, aux pachas et aux fonctionnaires de lEmpire Turc. Nous constatons que les tensions et la mfiance rciproque, qui existent encore aujourdhui entre la Russie et la Turquie, remontent plusieurs sicles.  Pour ses liens secrets avec Moscou le Patriarche Parthnios fut pendu, et pour leur voyage Moscou, furent supprimes des parchies du Patriarche dAlexandrie Paissios, et du patriarche dAntioche, Makarios[46] Dans la deuxime moiti du XVIIe sicle, de Moscou Constantinople, on ne permit aux ambassadeurs de se runir avec les Patriarches quaprs seulement une dcision sur toutes les affaires politiques avec le vizir.

Ses deux successeurs en dehors mme de la doctrine ecclsiologique ont toujours affirm que la Mtropole de Kiev tait un exarchat autonome du patriarcat de Constantinople qui occupait le soixantime rang dans la hirarchie des siges du patriarcat. Ils pouvaient craindre pour leurs vies sils vendaient, comme un vulgaire sac de pommes de terre, la prcieuse Mtropole de Kiev la Russie. Souvenons-nous ici, que lactuelle Crime tait partiellement avec les Tatares sous domination Turque et que lextension du pouvoir religieux de la Russie sur lUkraine qui affirmait son pouvoir politique constituait une menace pour lEmpire ottoman. Les Cosaques Ukrainiens taient des allis historiques rcents des tatars contre les armes polonaises, et leurs prsences dans une Ukraine devenue russe, frontalire de la Crime inquitait, on le comprend, le Grand Vizir.

Pourtant le Grand Vizir parut faire un geste en direction de Moscou, en autorisant lambassade russe, non pas dinterroger le nouveau patriarche de Constantinople, mais celui de Jrusalem le patriarche Dosithe II (1669-1707). Il faut noter que le Synode permanent de la Grande glise rassemblait souvent Constantinople les trois autres patriarches orientaux qui y avaient leur rsidence et qui y sjournaient plus souvent que dans leur ville patriarcale.[47] Et quand Alekseev vint lui, le Vizir exprima sa volont la plus affirme daccomplir tous ses dsirs, et, entre autre, promit de convoquer Dosithe, afin de lui ordonner de satisfaire la demande du gouvernement de Moscou en ce qui concerne la Mtropolie de Kiev.[48] Il faut une grande navet et peu de connaissance de lhistoire de lEmpire Ottoman pour prendre la lettre cette permission du Grand Vizir. La dissimulation dans la diplomatie turque navait dՎquivalent que la dissimulation dans la diplomatie russe. Croire demble, comme le font les historiens russes aujourdhui, la sincrit du Grand Vizir, est stupfiant. La dlgation russe aurait d se mfier, car cette permission du Grand Vizir avait t organise par ce dernier, et des consignes avaient t obligatoirement donnes. La rencontre se fit donc Adrianopolis o sjournait galement le Patriarche de Jrusalem.

 

Nous ne devons pour autant pas douter de la sincrit du Patriarche de Jrusalem, lorsque celui-ci  entra dans une grande colre dont on sen doute, lՎcho parvint aux oreilles du Grand Vizir. Le patriarche sՎcria que le passage de la Mtropole de Kiev sous lomophore du Patriarcat de Moscou avait t  un rapt dune parchie . Le patriarche vertueux se scandalisa lorsque croyant obtenir un meilleur rsultat les ambassadeurs moscovites proposrent  une gnreuse aumne  aux patriarcats de Constantinople, Antioche, Alexandrie et Jrusalem, dont rappelons-le encore, les titulaires composaient le Synode Permanant du Patriarcat cumnique, pour son aide dans cette affaire. Le patriarche se mit crier que cՎtait l :  une tentative de simonie qui humilie lՃglise Orientale ! . Il continua :  Pour quelles raisons vous occupez-vous des diocses trangers ? Avez-vous honte aux gens ? Cest un pch devant Dieu ! Proposer de largent pour troubler l'esprit des gens et crer des dcrets qui vont lencontre de l'glise et de Dieu. Votre messager nous dit quil na pas apport vos lettres, et quil lui a t ordonn de nous donner des dons, que si  nous lui donnions la lettre quil dsire, et que si nous ne la lui donnions pas, il ne nous distribuera aucune somme[49]

 

Le patriarche Dosithe conclut en faisant remarquer bien justementque :   Autrefois, il fallait recevoir la bndiction de Constantinople, et puis aprs, annoncer le passage du  Mtropolite de Kiev Moscou. Mais  on a envoy demander une bndiction, quon avait dj ! C'est la division de l'glise Orthodoxe ! Nous ne saurions mieux dire.

 

Le Patriarche Dosithe crivit des lettres aux souverains de Moscou et au Patriarche Ioakim, dans lesquelles il dmontrait l'illgalit canonique et l'inconvenance morale de l'affaire conue par eux. [50] Nanmoins, dans lun de ses courriers aux souverains russes, le Patriarche Dosithe crivit que, bien que le mode d'action du Patriarche Ioakim avait sa totale dsapprobation, lui Dosithe, tait satisfait que Kiev et enfin retrouv un Mtropolite ; que la chirotonie de cette nomination tait acceptable et, quil ne se souciait pas des autres dtails. [51]

Une contre vrit taye par des documents, forcment fabriqus par la chancellerie du tsar, fut rpandue pour justifier le rapt de la Mtropole de Kiev. Tout comme pour lՃglise Romaine avec la  fausse donation de Constantin  qui tait luvre de la chancellerie du pape. Daprs ces faux, la suite de la rencontre d'Alekseev avec le Vizir, lambassadeur russe aurait revisiter le Patriarche Dosithe et aurait trouv en lui, un changement complet de position, (ce qui est contredit par ses courriers ultrieurs) :  Moi, aurait alors dit le Patriarche, jai trouv dans les Saints Canons que tout vque peut librement se proccuper du diocse dun autre vque (sic); je persuaderai le Patriarche Denys pour qu'il excute la volont impriale, et j'crirai aux grands souverains et au Patriarche Ioakim pour obtenir sa bndiction, tout spcialement, et pas celle de Denys. [52] Pour ce changement si essentiel cent quatre-vingt degr de sa position, le Patriarche Dosithe aurait reu de Nikita Alekseev la somme de 200 ducats or.[53] La phrase prte au patriarche est marque par une mconnaissance totale du droit canon et des rgles cumniques qui affirment exactement le contraire : quaucun vque ni aucune glise locale ne peut semparer ou intervenir dans lՎparchie dun autre vque ou dune autre glise locale[54]. Le pieux et savant patriarche Dosithe naurait jamais pu affirmer une telle contre vrit. Il est vrai cependant que le patriarche, sil napprouva jamais la mthode employe pour semparer du sige de Kiev, ce qui ressort des courriers changs avec le Tsar, ne sopposa pas la chirotonie de son nouveau titulaire quil reconnut comme Mtropolie de Kiev.

 

Mais, dans le mme temps, le Patriarche Dosithe refusait tout net de jouer le rle d'intermdiaire dans les ngociations entre les ambassadeurs de Moscou et le Patriarche de Constantinople.[55]

 

Lambassade de Moscou fut alors, selon les sources russes du patriarcat de Moscou, approche par un missaire dont nous  ne connaissons pas le nom qui se prsenta comme un collaborateur du patriarche de Constantinople, en proposant la vente (quel autre mot employer ?) de la Mtropole de Kiev au patriarcat Russe. Les reprsentants de la Russie rpondirent,  Dabord le tomos de cong canonique et ensuite vous aurez largent !.

 

Voyant que leur affaire ne progressait toujours pas, la dlgation russe dcida de faire monter les enchres. Les souverains Russes, Sophie et Ivan et le nouveau patriarche avaient  donn des consignes trs claires : des sommes astronomiques avaient t consignes pour la ralisation de cet achat prestigieux.

 

Ce nՎtait pas trente deniers mais beaucoup plus.

 

Le nouveau patriarche de Constantinople Denysios IV qui fut lu et dpos cinq fois dans sa vie, venait dՐtre intronis patriarche pour la quatrime fois. Rceptif aux demandes de la dlgation russe et aux roubles or promis, le patriarche Denysios II affirma quil allait convoquer le patriarche de Jrusalem rcalcitrant et lui donner lordre daccepter les conditions gnreuses proposes pour la vente de la Mtropole de Kiev.

 

Le Patriarche Denys de Constantinople rdigea donc un tomos dans ce sens qui fut sign par lui-mme et vingt et un mtropolites en juin 1686. Mais il prcisa dans le tomos que le lien avec lՃglise mre de Constantinople nՎtait pas pour autant rompu, et que deux conditions devaient tre respectes pour quil soit valide. La premire cest que le patriarcat de Constantinople ne faisait que remettre au Patriarche de Moscou son droit de confirmer lՎlection du mtropolite de Kiev ; la seconde est que le patriarche de Constantinople devait toujours tre commmor en premier dans la liturgie et les offices avant le patriarche de Moscou. Le patriarche Denys avait vendu la Mtropole de  Kiev pour 200 Ducats or avec en plus  120 peaux de zibeline. La vente de la Mtropole de Kiev tait un acte de simonie caractris qui faisait suite aux dsordres observs cette poque dans la direction du patriarcat. Deux mois aprs cette dcision fut brutalement dclare anticanonique par un nouveau Concile et le patriarche Denys dpos de son piscopat et du trne patriarcal au motif quil avait transmis anti-canoniquement la Mtropole de Kiev au Patriarcat de Moscou. Cest la position canonique qui est conserve jusquՈ aujourdhui par le Patriarcat cumnique une nuance qui a son importance : la cession nest pas nie ; elle est dclare dans le tomos de 1924 comme illgale car contraire aux canons. Enfin la Grande glise rappelle que le nom du patriarche doit toujours tre commmor avant celui de Moscou,  ce qui bien  entendu nest pas fait dans la mtropole autonome russe dUkraine.

 

Ajoutons ici que le fait quՈ lՎpoque les frontires canoniques de la mtropole de Kiev taient situes dans un autre tat souverain, la Pologne, que celui de lempire russe. tout moment de sa future histoire lՃtat polonais pouvait donc, avec le concours du primat de Kiev et des membres de lՎpiscopat de lՃglise ukrainienne situs en Pologne, demander au Patriarcat de Constantinople lautocphalie. Ce qui se fera une premire fois en 1924. Cest le droit inalinable de chaque tat de demander lautonomie ou lautocphalie pour son glise locale orthodoxe, quelque que fut la religion dominante du pays.

 

La mthode utilise pour le rapt de la Mtropole de Kiev, sa vente comme une proprit foncire, la simonie caractrise avec le concept mme dachat de cette mtropole qui comportait un reu crit du patriarche Denysios conserv encore aujourdhui dans les archives du patriarcat de Moscou, prouve le caractre anti-canonique pour ne pas dire anti-ecclsiologique de ce rapt.

 

 Nous sommes des annes lumires dune action propre,  dune action irrprochable canoniquement, dune action bnie par Celui qui a dit  Nul ne peut servir deux matres la fois, Dieu et largent. [56]

 

Nous sommes devant une action dont la vnalit rvle limposture et la non canonicit.

 

Dans les annes suivantes cette captation ne fut jamais reconnue par la Grande glise, et cela aboutit au Tomos de 1924 accordant la partie situe en Pologne de lancienne Mtropole de Kiev en Pologne lautocphalie la demande conjointe de lՎpiscopat Ukrainien de Pologne (mme si le nouveau Mtropolite Denys tait russe) et du gouvernement polonais. Mais de cela nous avons crit notre ouvrage complet sur son histoire dj cit plus haut dans ces pages. La justification principale du Tomos de 1924 est le caractre illgal et anticanonique du rapt de 1686.

 

Rsumons la phrase du Tomos de 1924 qui fait rfrence au caractre anticanonique du rapt de la mtropole de Kiev de 1686.

 

            Le Tomos de 1924 prcise en effet :  Car il est crit que la premire sparation de notre Sige de la Mtropole de Kiev et de la Mtropole Orthodoxe de Lituanie et de Pologne, en a dpendu, ainsi que leur intgration au sein de l'glise Moscovite ont t accomplies  contrairement au droit canon, comme aussi tout ce qui a t convenu en ce qui concerne la pleine autonomie de l'glise de la Mtropole de Kiev, qui, l'poque, avait le titre Exarque du Sige cumnique.  Les prdcesseurs du patriarche Bartholomeos faisaient ici rfrence quen accordant lautocphalie la dnomme  glise Orthodoxe de Pologne , en ralit cette autocphalie tait  accorde lՃglise Ukrainienne situe sur lancien territoire la fois national et historique de lUkraine, cest--dire sur le territoire canonique de lancienne Mtropole de Kiev sous le Saint Omophore de son glise Mre le Patriarcat cumnique. En prcisant ces deux points, le Patriarcat de Constantinople dmontrait lensemble des glises locales autocphales orthodoxes quil agissait dans sa propre juridiction canonique et non sur la juridiction, prtendue cette poque comme aujourdhui, sur ce territoire, du Patriarcat de Moscou.

 

            Nous le savons ce schisme initial, pas celui quinjustement le Patriarcat de Moscou nous impute aujourdhui, mais celui qui est la racine du schisme actuel, a t luvre de la seule glise russe. Cest bien ce que le Tomos affirme lorsqu il relate clairement que lՃglise russe sest empare de la Mtropole de Kiev  contrairement au droit canon  en 1686. La Mtropole de Kiev qui, preuve de son autonomie dans le Patriarcat de Constantinople, avait conserv le charisme de produire elle-mme son saint Myron. Le Tomos fait rfrence tout aussi catgoriquement  la pleine autonomie de l'glise de la Mtropole de Kiev 

 

Il est indubitablement question dans ce Tomos de loctroi sur le territoire national Polonais dune premire autocphalie ukrainienne. Car le Tomos se rfre, pour accorder lautocphalie demande par lՎpiscopat orthodoxe de Pologne, la Mtropole de Kiev pour parler du territoire canonique de la nouvelle glise situe dans les frontires de la Pologne.

 

Rappelons, toujours contre lavis du Patriarcat de Moscou, Sa Saintet le Patriarche Mltios III Mtaxakis en 1923  avec le Saint Synode de la Grande glise, avait accord lՃglise dEstonie lautonomie au nom du mme principe de lantriorit de la juridiction de la Grande Eglise sur le territoire national estonien. Le Patriarcat de Moscou sy opposa en produisant le schisme qui dure toujours, dune seconde glise autonome russe en Estonie. La prsence sur le mme territoire national de deux glise autonomes, lune locale, estonienne et lautre, russe, pourrait servir de jurisprudence pour rsoudre une situation comparable de deux glises en Ukraine, lune locale ukrainienne et lautre russe.

 

Cette situation est effectivement comparable celle daujourdhui en Ukraine, sauf sur un point essentiel : celui  des enjeux gopolitiques et territoriaux qui ne sont pas les mmes. Nous pensons que cest le nombre de prs de 20 millions de croyants qui se revendiquent comme appartement au Patriarcat de Kiev qui renforce une opposition acharne contre notre Eglise de la part du Patriarcat de Moscou, car lenjeu gopolitique et la clef, galement un enjeu conomique et financier (perte de dons), ne sont pas une chelle comparable.

 


 

Ce qui rend la question de lachat de la Mtropole de Kiev comme un acte particulirement cynique et incontestablement anti-canonique nest pas uniquement  le fait quil nexiste bien videmment aucun prcdent canonique qui pourrait justifier cette mthode, lexception toutefois des sommes exiges et donc imposes par le Sultan, de la part de tout nouveau patriarche, ce qui explique, en partie seulement, les changements frquents de titulaires du prestigieux sige,  nombreux durant toute la priode ottomane[57]. Non, ce qui rend la vente et lachat de la Mtropole de Kiev illicite, cest que, aujourdhui encore, le patriarcat de Moscou se rfre cyniquement cette vente pour justifier sa juridiction. Lun des meilleurs historiens russes[58] dont nous avons consult une partie de sa documentation pour ce travail, nhsite pas raconter en dtail cette histoire comme preuve que la Mtropole de Kiev appartient bien au Patriarcat de Moscou : Selon la dmonstration du professeur Wladimir Bourega, lachat de la Mtropole de Kiev par le tsar pour la somme de deux cent ducats or et de cent vingt peaux de zibelines, confirm par des documents historiques quil mentionne, est la cynisme preuve irrfutable que la Mtropole de Kiev appartient la Russie et au Patriarcat de Moscou. Un tel cynisme de la  realpolitik  toujours pratique par le patriarcat de Moscou ne peut plus de nos jours tre cautionne srieusement par le patriarcat de Constantinople ni par les autres glises surs autocphales et autonomes.

 

 La seule  jurisprudence  que nous avons trouve qui expliquerait cette vente, mais avec la plus mauvaise des justifications, se trouve en effet dans les vangiles : cest celle de la vente du Christ par lAptre Juda pour trente deniers.[59] Mais Juda cessa dՐtre Aptre ds quil reut les trente deniers. On le voit, le fait que cet acte de simonie caractrise soit invoqu comme le principal argument du patriarcat de Moscou sur sa  proprit de la Mtropole dUkraine  en dehors du fait quil est sacrilge, le disqualifie.

 

Sur la captation elle-mme en dehors de la mthode, si la simonie est lachat par un homme auprs dautres vques pour recevoir lՎpiscopat selon le 29e Canon Apostolique, le 2e canon du IVe Concile cumnique Chalcdoine(451), les 22e et 23e Canons du Quinesexte Concile cumnique In Trullo (Constantinople, 691), et le 29e Canon de Saint Basile, ces canons sՎtendent pour leur interprtation la vente dun diocse. Il devient vident que la pluspart des glises orthodoxes locales seront aujourdhui scandalises (car elles ignorent cette page sombre de lhistoire de lՃglise russe) dapprendre comment sest ralis le transfert de la Mtropole de Kiev, de lautorit canonique du Patriarcat de Constantinople celle du Patriarcat de Moscou : exactement comme se vendent aujourdhui les bons joueurs dun club de football un autre, avec des sommes dargent astronomiques !

 

Sur la captation elle-mme en dehors de la mthode, nous observons que le Canon 2 du IIe Concile cumnique de Constantinople I en 381, nonce clairement du bon ordre conserver dans chaque province la primaut qui revient au grand sige dAlexandrie, Antioche et Constantinople et quaucun vque tranger ne doit intervenir dans un autre vch que le sien. Le Canon 8 du IIIe Concile cumnique dՃphse en 431, les Canons Apostoliques 34 et 35 confirment ces dispositions du Canon 2 du concile de Constantinople. Enfin le 17e Canon du Concile cumnique de Chalcdoine en 451, assure de linalinabilit de lՎparchie qui a t fonde depuis au moins trente ans, par une glise : le Patriarcat de Constantinople avait depuis exactement 700 ans la juridiction sur la mtropole de Kiev.[60]  

                   

 

                   Une dernire autocphalie a t accorde par le patriarcat de Constantinople en 1924 lancienne mtropole autonome dUkraine dont la majorit du territoire canonique (sauf Kiev et lEst de lUkraine alors situ en URSS) se situait dans le nouvel tat polonais aprs 1918. Cette autocphalie ne fut pas reconnue par le Patriarcat de Moscou qui avec une audace inoue la reproclamait en 1948. Cest cette premire autocphalie ukrainienne que se rfre aujourdhui le  Patriarcat de Kiev  (trente millions de croyants) pour justifier son accession prochaine lautocphalie.

 

 

Conclusion.

 

Certaines des glises des pays de lEst qui reprochent lՃglise dUkraine dՐtre schismatique ne peuvent le faire quen oubliant leur propre histoire, qui a t traverse par de longues priodes de schisme comme le rappelle notre article.

 

Toutes les glises orthodoxes locales qui ne sont pas les glises apostoliques situes (sauf lՃglise grecque) dans les pays de  lEst, toutes  sans exception ont connu de longues priodes de schisme pour le  mme motif de la volont daccder la vie plnire en tant quՃglise Orthodoxe locale et nationale. Des erreurs certes, nous ne le nions pas, ont exist au cours de cette longue histoire des deux cts ; mais la volont pour une nation avec ses dirigeants de se diriger vers la plnitude de la vie ecclsiale selon le Canon Apostolique 34 est lgitime.

 

Reprocher comme le font aujourdhui certains prlats orthodoxes, lingrence de lՃtat dans la fondation dune glise nationale, comme un pch anti- ecclsiologique, provient dune trs grande ignorance. Deux faits contredisent cette affirmation : le premier est que la volont du souverain dun nation pour loctroi de lautocphalie est requise par la Tradition comme par lusage et constitue une jurisprudence autant canonique quecclsiologique : dans tous les exemples que nous avons donns plus haut, nous avons constat quau cours de tous les sicles prcdents, sans exception, les reprsentants de lՃtat devaient solliciter le patriarcat de Constantinople pour que lautocphalie puisse seulement tre examine.

 

Le second est que jusquՈ une poque rcente dans les nations chrtiennes lՃglise et lՃtat nՎtaient pas spars. La non-participation de lՃtat que prnent ces thologiens et prlats na jamais exist. Les autocphalies se sont, de ce fait, toujours ralises avec le concours actif du Chef de lՃtat et du parlement de chacune de ces nations, comme nous en avons donn de nombreux exemples plus haut dans cet article. Et mme dans lempire ottoman cette distinction nexistait pas : le patriarche de Constantinople occupait un trs haut rang parmi les grands officiers de lՎtat dans le cadre des millets. Il tait le chef du millet des Rum, cest--dire  Romains , les anciens sujets de lempire romain dOrient.  Le patriarche tait lՎgal dun sultan ayant le rang de calife. Les excutions de patriarches de Constantinople  ne furent jamais aux yeux du sultan dues au  fait de la religion chrtienne des titulaires excuts. Elles taient en tout point comparables celles qui frapprent toutes les poques, tous les fonctionnaires de lempire, jusquau sommet de la hirarchie civile impriale, califes, gnraux et grands vizirs.

 

 

Le 9 Septembre 2018  +Mtropolite Michel Laroche

 



[1] Apoc. I, 17-18

[2] Apoc..I, 11

[3] Apoc. II, 1

[4] Co. II. 1

[5] Nous nՎvoquons pas dans cet article les autocphalies des glises prchalcdoniennes qui ne sont pas Orthodoxes.

 

[6] Mt XXVIII,19.

[7] Mt VI,24.

[8] Nous suivons la traduction faite par Vlassios I, Phildas dans son ouvrage   Droit Canon  Une perspective orthodoxe. P.67-68. d. Centre Orthodoxe du patriarcat cumnique. Chambsy, Genve. Suisse 1998.

[9] En 2018.

[10] Empereur de 959 963.

[11] Chrysobulle : provient du mot grec chrysos qui signifie : or. Cest un dcret imprial (Bulle) frapp dun sceau en or.

 

[13] Cest toujours la France qui en 1866, recommandera la dsignation, comme futur Roi de Roumanie, de Charles de Hohenzollern dont descend lactuel Roi Michel.

[14] Aujourdhui la ville de Sibiu en Roumanie.

[15] Jules Laroche qui pousa la grand-mre de lauteur Pauline, ne et baptise en 1874 Constantinople, descendante par sa mre dune trs ancienne famille grecque orthodoxe phanariote, les Lonvardo, despotes de lle de Zentos. Le pre de Pauline Laroche, Alfred Caporal dun trs ancienne famille byzantine dorigine vnitienne dont le nom dorigine tait Chalavassi, fut lun des conseillers du Sultan Abdul Hamid. Lun des grands oncles de lauteur, converti en secret lOrthodoxie, rentra dans lhistoire sous le nom de Yousouf Pacha, le dernier Gouverneur Gnral dans lEmpire Turc, du Liban, de la TransJordanie, de la Syrie et de lIrak (lancienne Msopotamie). Par un concours de lhistoire, lune des surs de la grand-mre de lauteur pousa elle aussi un diplomate franais, Albert de France, qui Yousouf Pacha remis son palais et ses pouvoirs au Liban.

[16] Je le cite : Une des questions qui provoqurent le plus dopposition de la dlgation italienne fut celle de la dlimitation de la Transylvanie. Elle voulait laisser la Hongrie les grandes villes qui se trouvent lextrmit occidentale de cette province. Leur existence sexplique par la gographie. La Transylvanie est traverse par des valles qui descendent des Carpates, et au dbouch desquelles seulement ont pu trouver place des agglomrations dont limportance conomique est lie larrire-pays. Les dtacher de celui-ci, et t ruiner la rgion. Jemportai la dcision en faisant valoir quen outre, dans ces villes,  les Hongrois taient lՎlment immigr, alors que dans les campagnes avoisinantes les paysans, race peu vagabonde et par consquent autochtone, taient Roumains. Javais t appuy par les Amricains, et surtout par les Britanniques, qui je devais le rappeler plus tard lors du Partage de la Haute Silsie Jules Laroche, Au Quai dOrsay avec Briand et Poincar 1913-1926, Paris, Hachette, 1957, p. 73. Ouvrage couronn par lAcadmie franaise.

[17] Statut du patriarcat Serbe. Par I. Ivanovitch. Revue des tudes byzantines. Paris. 1922. P. 186-202. ,

[18]Nous disposons dun exemple rcent de la comprhension que nous pouvons avoir sur ce quest un Exarchat autonome du Patriarcat de Constantinople dans le statut canonique de son Exarchat russe qui a son sige Paris :  Le Tomos de 1999 ngoci par lArchevque Serge et le Secrtaire Gnral  de lArchevch le Baron Basile de Tienahausen, prcise bien la continuit avec celui de 1931:  Cet Archevch () constitu en Exarchat Patriarcal, en accord avec les dcisions du Patriarcat cumnique du 13 fvrier 1931  et rien ne vient modifier ce qu'affirmait le Tomos de 1931:  Dans ce but, par arrt synodal, nous avons dcid que toutes les paroisses orthodoxes russes en Europe, tout en conservant sans changement ni diminution lindpendance quelles avaient jusquici en tant quorganisation russe particulire et administrant librement leurs affaires, soient considres dornavant comme formant provisoirement, sur le territoire de lEurope, un exarchat .

 

[19] In   Les voies de la thologie russe  par Georges Florovsky. P. 55  Ed ; LAge dHomme. Paris 2001.

[20] Le patriarche Filaret est une personnalit extraordinaire : Il tait le pre du tsar Michel Romanov qui lui confra le rang imprial, que seul le souverain portait jusque-l de  Grand Souverain . Lautorit du patriarche fut son apoge durant son pontificat et cest lui qui en ralit gouvernait lEmpire Russe.

[21] In   Les voies de la thologie russe  par Georges Florovsky. P. 55  Ed ; LAge dHomme. Paris 2001.

[22] In   Les voies de la thologie russe  par Georges Florovsky. P. 54  Ed ; LAge dHomme. Paris 2001.

[23] Ibidem. P. 54

[24] Ibidem P.56

[25]  In  Histoire de lUkraine  par le Professeur  Arkady Joukovsky. P 39  Ed. du Dauphim Paris 1994.

[26] In   Les voies de la thologie russe  par Georges Florovsky. P. 64   Ed ; LAge dHomme. Paris 2001.

[27] In   Les voies de la thologie russe  par Georges Florovsky. P. 65  Ed ; LAge dHomme. Paris 2001.

[28]  Petite Russie  nom que le Russes donnent parfois lUkraine.

[29] Polons'ka-Vasilenko N. LHistoire de lUkraine en 2 vol. Vol. 2. De la moiti du XVII sicle jusqu' 1923, 1992. p 194. ET : Grouchevs'ky M.S. LAccord de Pereyaslav de lUkraine avec Moscou en 1654. Articles et textes /Grouchevs'ky M.S. Grouchevs'ky M.S. Qui sont les Ukrainiens, que veulent-ils. Kiev, 1991. p. 60-69. Polons'ka-Vasilenko N Ibid. vol. 2. p. 39-40.

[30] Ibidems. S 174-175.

[31] Polons'ka-Vasilenko N Ibid. Vol. 2. p 196.

[32] Ibid. 179.

[33]  Stavropigiaque  De _______, stavros en grec : Croix. Indique un monastre qui bien que situ dans lՎparchie dun  vque ne relve pas canoniquement de celui-ci, mais du patriarche de Constantinople qui symboliquement y a plant sa croix, signe de sa juridiction. Le patriarche dune Eglise locale peut lui aussi plant sa croix dans un monastre et le faire dpendre directement de lui. Ce privilge est tendu pour des mtokias situes en dehors du Mont Athos et dpendant canoniquement dun des douze  monastres du Mont Athos,  et qui chappent  elles aussi la juridiction de lՎvque diocsain.

[34] S. Ternovsky.   LՎtude sur la soumission la Mtropolie de Kiev au Patriarcat de Moscou . Kiev, 1872. p. 89.

[35] Ibid. 91-92.

[36] Voir note N 16.

[37] Ibid. 182. Polons'ka-Vasilenko N Ibid. 196. ________  l'glise Russe occidentale dans un dernier tiers de XVII s. [Dans le livre : Macaire (Boulgakov), le Mtropolite de Moscou et de Kolomna. L'histoire de l'glise Russe. Le livre septime. Moscou, 1996. p 536. 

[37] Les Archives de la Russie du sud-ouest publies par la commission temporaire pour l'analyse d'anciens actes (ensuite _RSO). La premire partie. Vol V. Actes se rapportant l'affaire sur la soumission de la Mtropolie de Kiev au Patriarcat de Moscou (1620-1694). Kiev, 1872. p. 42. 

 

[39] Adrianapolis ____________ , aujourdhui  Edirne  cit dorigine antique connue galement sous le nom dAndrinople, la cit est limitrophe de la Bulgarie et de la Grce. Andrinople fut la capitale de lEmpire Ottoman jusquՈ la prise de Constantinople en 1453 ; Cette ville demeurait importante le pacha gouverneur de limportante province frontalire y rsidait. A cette poque le Grand Vizir y avait galement  une rsidence, ainsi que certains membres du Synode Permanent.

[40] S. Ternovsky.   LՎtude sur la soumission la Mtropolie de Kiev au Patriarcat de Moscou . p. 134. Kiev, 1872.

[41] Ethnarque, en grec : _____ ,   ethnos, racine  du mot franais : Ethnie.  

[42] Lire sur ce sujet notre ouvrage qui y est consacr :  La Papaut Orthodoxe  Editions Prsence. Paris 2004.

[43] Lire sur ce sujet notre ouvrage qui y est consacr :  La Papaut Orthodoxe  Editions Prsence. Paris 2004.

[44] En franais : Agent double.

[45] Le Caractre des relations de la Russie vers l'Est orthodoxe XVI et XVII sicles. prof. Sergiev Possad, 1914. S 299.

[46] Prof. N. F Kapterev,  Le Caractre des relations de la Russie vers l'Est orthodoxe XVI et XVII sicles . P. S. 307-308. Sergiev Possad, 1914.

[47] Lire sur ce sujet notre ouvrage qui y est consacr :  La Papaut Orthodoxe  Editions Prsence. Paris 2002.

[48] Ternovsky in   Chimov ,. - _oscou, 2003. p. 141.

[49] Ternovsky in   Chimov ,. - _oscou, 2003.p. 144-145

[50] Lettres publies en intgralit  : _RSO. Part 1. Vol. V. p. 142-158.s

[51] Ibid. p. 153

[52] Soloviev S.M. Ibid. Vol. VII. p. 378.

[53] Soloviev S.M. Ibid. Vol. VII. p. 378.

[54] Le Canon 2 du IIme Concile cumnique de Constantinople I en 381 , nonce clairement du bon ordre conserver dans chaque province la primaut qui revient au grand sige dAlexandrie, Antioche et Constantinople et quaucun vque tranger ne doit intervenir dans un autre vch que le sien. Le Canon 8 du IIIme Concile cumnique  dEphse en 431, les canons apostoliques 34 et 35 confirment ces dispositions du Canon 2 du concile de Constantinople.

 

[56] Mt VI, 24

[57] Lire ce sujet notre ouvrage qui y est consacr. Nous faisons remarquer ici que le patriarche de Constantinople avait dans lEmpire Ottoman une position officielle qui le plaait au rang de pacha ; et que les pachas, comme les grands vizirs, taient dposs et remplacs, puis nouveau en fonction, au gr de la volont du sultan et quils nՎchappaient pas au chtiment suprme, dcapitation ou tranglement avec un lacet de soie :  La Papaut Orthodoxe  Editions Prsence. Paris 2004.

[58] Vladimir Bourega docteur en histoire et en thologie, professeur et vice-recteur charg de la recherche de l'Acadmie thologique et sminaire de Kiev.

[59] In   Revue dՎtudes comparatives Est-Ouest, 2004 Vol. 35, N 4  Religion (s)  et identit (s) en Ukraine :  existe-t-il une identit des  confins par Nataly Boyko P.43-44 et  Ladjonction de la Mtropolie de Kiev au Patriarcat de Moscou : Comment cela s'est droul.  Par Wladimir Bourega in Site de lAcadmie de Thologie du Patriarcat  de Moscou Kiev.

[60] Lorigine dans le droit du Code Napolon repris par notre Code Civil en France, de la priode trentenaire qui est observe pour quun bien soit dclar, sans autre document ou titre de proprit, sans contestation possible, comme appartenant celui qui loccupe, provient de cette disposition canonique.