Mise au point du Pre Cyrille suite au jugement de la cour ecclŽsiastique et ˆ la publication dĠun communiquŽ anonyme.

Christ est ressuscitŽ!

Tout le monde le sait maintenant, le jugement est tombŽ : schismatique.

Je veux remercier les membres qui ont siŽgŽ ˆ ce tribunal. Ils ont fait un travail sŽrieux ˆ partir des informations quĠils ont reues. Une seule accusation : schisme, ˆ laquelle jĠai plaidŽ coupable. Ma lettre ouverte avait pour but dĠŽclairer les fidles qui nous connaissent sur les raisons qui nous ont amenŽs ˆ cette dŽcision ŽclairŽe.

Comme je reois beaucoup de questions suite ˆ la publication dĠun communiquŽ en rapport ˆ cette lettre, sur le site de lĠArchevchŽ roumain, je crois quĠil est nŽcessaire dĠŽclairer les lecteurs pour comprendre ce texte.

Je rŽsume les faits. Tout a commencŽ avec la contestation de la conception de lĠautoritŽ dans les monastres. On peut lire ˆ la 4e partie, art. 30 de la Constitution que lĠŽvque est le SUPƒRIEUR des monastres et en consŽquence que lĠhigoumne doit demander des permissions pour tous les ŽlŽments importants de lĠexercice de sa charge comme lĠacceptation des candidats  et le cheminement des moines dans son monastreÉ ƒtant le seul AbbŽ dans lĠArchidiocse, jĠai cru que jĠavais lĠobligation de prŽserver ce que je croyais tre la tradition monastique et, au nom des moines, jĠai fait des propositions dĠamendements. Mes compŽtences nĠont pas ŽtŽ reconnues, plusieurs croient que je suis devenu moine en 2004 mais jĠai revtu le saint Habit en 1958. Mes propositions nĠont pas ŽtŽ retenues et lĠAssemblŽe gŽnŽrale nĠa jamais ŽtŽ informŽe du dŽsaccord des moines et aucun changement nĠa ŽtŽ fait au texte de la Constitution.

A quelquĠun qui posait la question : QuĠarrivera-t-il si lĠŽvque refuse dĠamender le texte? JĠai rŽpondu que, au pire, cela pourrait aller jusquĠau changement de Juridiction. Il nĠen fallait pas davantage pour dŽclencher ce que nous pouvons appeler une agression contre le monastre. CĠest ce que je voulais dŽmontrer par les exemples (non exhaustifs) que jĠai rapportŽs et qui a fini par nous exclure ˆ toute fin pratique de la communautŽ ecclŽsiale. Quand je parle de communautŽ je veux dire le clergŽ des deux juridictions roumaines et dĠune quinzaine de personnes. CĠest cette agression qui a ŽtŽ le premier motif de notre demande de dispense canonique.

Alors tout est simple, il y a un litige sur un texte constitutionnel et une plainte dĠagression. Si vous lisez le texte du communiquŽ lĠauteur ne justifie pas le texte de la constitution. On se serait attendu ˆ une explication sur la manire dĠexercer lĠautoritŽ dans les monastres dans lĠƒglise roumaine, en dŽmontrant que cela est vrai partout. Les extraits des autres ƒglises qui sont citŽs dans le communiquŽ ne justifient en rien les choix qui sont faits et aucune dŽmonstration des constitutions roumaines nĠest faite. Il est donc normal que le lecteur ne sache pas de quoi on parle dans cette longue dŽmonstration.

Je viens de comprendre en lisant le communiquŽ que lĠagression est simplement niŽe et cĠest pourquoi il nĠy a pas eu dĠenqute pour vŽrifier les dŽnonciations que jĠai faites verbalement et par Žcrit.  Il semble que la cour spirituelle ait considŽrŽ un texte du P. Olimpiu affirmant son soutien inconditionnel au monastre. En ce qui nous concerne il sĠagit lˆ dĠun parjure.

Ce qui pourrait aider grandement le lecteur ˆ la comprŽhension du communiquŽ serait de le considŽrer comme suit : Ç LĠŽvque est lĠautoritŽ suprme de son diocse, il peut dŽcider ce quĠil veut et personne ne peut le contester. È Relisez de nouveau le texte et vous verrez que tous les canons historiques citŽs hors contextes sont lˆ pour dŽmonter le fondement ecclŽsiologique de cette prŽmisse. On est loin de lĠinvitation ŽvangŽlique : Que le plus grand se fasse serviteur. Ce qui est trs grave ici, et qui relve dĠune malhonntetŽ intellectuelle, cĠest quĠon transpose une contestation disciplinaire en dŽbat ecclŽsiologique ou mme doctrinal. Un indice intŽressant qui dŽmontre bien lĠintention de lĠauteur est cette erreur importante de lecture de mon texte quand jĠexplique la question de la canonicitŽ. Je ne divise pas la succession apostolique. En relisant mon texte vous comprendrez que je place la succession apostolique (la validitŽ du sacerdoce) dans la canonicitŽ de type A comme tout ce qui constitue les fondements de lĠƒglise. Les jugements dĠexclusion sĠils ne sont pas fondŽs sur des hŽrŽsies sont fondŽs sur dĠautres critres canoniques que jĠai appelŽs de type B. Ce genre de texte polŽmique nŽcessite beaucoup de rigueur. Ici a fait plut™t dŽfaut. En ce qui concerne le fond de la dŽmonstration je dois dire que je souscris ENTIéREMENT ˆ tout ce qui est Žcrit. Je connais la doctrine de lĠƒglise et jĠy adhre. Alors on parle contre qui? On conteste quoi?

Enfin le choix que nous avons fait pour notre appartenance ecclŽsiale sĠest fait en deux temps. Nous avons dĠabord cherchŽ une Juridiction dite canonique. Nous avons reu une rŽponse positive de LĠarchidiocse canadien de lĠƒglise orthodoxe en AmŽrique (OCA) dĠo je viens. Cette ƒglise nĠest pas officiellement reconnue mais elle est en communion avec plusieurs ƒglises canoniques dont lĠƒglise roumaine ˆ cause de ses liens avec Moscou. Nous avons aussi reu une demande de lĠƒglise dĠAntioche, diocse de lĠEst du Canada et de lĠƒtat de New-York. Bien sžr la condition pour tre acceptŽ comme prtre dans ces deux ƒglises, Žtait la dispense canonique. Mgr Nicolae en refusant de me lĠaccorder savait trs bien quĠil me fermait les portes de ces Juridictions. Il nous restait deux options : fermer le monastre et vivre notre vieillesse en dehors de tout ministre pastoral, ce que plusieurs souhaitaient en espŽrant rŽcupŽrer nos biens, ou bien continuer notre style de vie en rŽpondant aux fidles qui nous le demandaient. Nous avons finalement optŽ pour la deuxime malgrŽ notre ‰ge et nos Žtats de santŽ. Dans notre recherche nous avons, gr‰ce ˆ Dieu, dŽcouvert lĠƒparchie orthodoxe de Paris et de toute la France, du Patriarcat de Kiev. Cette grande ƒglise que je connaissais un peu parce que cĠest par elle que je suis devenu orthodoxe (diocse ukrainien de New-York) et o jĠai aussi ŽtŽ ordonnŽ diacre par le MŽtropolite Andrei en 1986. Nous Žtions allŽ lˆ parce quĠil nĠy avait pas de place pour des quŽbŽcois dans les ƒglises ethniques.

Oui nous savions que cette ƒglise nĠŽtait pas reconnue mais la qualitŽ exceptionnelle de nos relations avec le MŽtropolite Michel a ŽtŽ dŽterminante.  Pour parler un langage propre ˆ Wentworth, jĠavais lĠimpression de passer du bac vert au bac bleu, ou encore de rebus ˆ matire recyclable. On passait de lĠindiffŽrence ˆ ressource ecclŽsiale. Le procs dĠintention quĠon nous fait pour tenter dĠexpliquer notre dŽpart est tout simplement odieux et sans fondement.

On sait que les schismes sont souvent temporaires et quĠun jour Constantinople nĠaura pas dĠautre choix que de reconna”tre une ƒglise nationale importante qui a le droit ˆ lĠexistence. Plusieurs roumains ignorent que leur ƒglise nĠa pas toujours ŽtŽ canonique. Revenons ˆ lĠhistoire :

Ç Éon voit appara”tre, souvent de faon violente, des schismes ˆ rŽpŽtition ˆ la fin du XIXme sicle et au dŽbut du XXme sicle lorsque les anciennes nations orthodoxes europŽennes  (Bulgarie, Serbie,  Grce, Roumanie), libŽrŽes du joug Ottoman, se refondrent en Žtats souverains. Ceux-ci exigrent que leurs ƒglises Orthodoxes  nationales dont lĠautocŽphalie avaient ŽtŽ pour certaines (Bulgare et Serbe) arbitrairement supprimŽes par le patriarcat de Constantinople aux mains des turcs, proclament sans le consentement patriarcal, leurs autocŽphalies originelles. Pour le  cas de la Roumanie et de la Grce, les nouveaux Žtats ne voulaient pas que leurs  ƒglises nationales soient soumises ˆ un patriarcat infŽodŽ ˆ la puissance sŽculire dĠun pouvoir ha•, celui du vieil Empire Ottoman ! Avant le dŽbut du XXme sicle il nĠexistait pas de patriarcat de Roumanie, et cĠest la chambre des dŽputŽs et le sŽnat de cette nation qui ont proposŽ lĠŽrection de Bucarest comme sige patriarcal, et que le nouveau patriarcat de Roumanie ˆ lui aussi connu un long schisme de la part de Constantinople pour avoir proclamŽ, ˆ la fois son  autocŽphalie qui les sŽparait de la juridiction de Constantinople, et sa capitale en sige patriarcal. Rappelons brivement son histoire : la nation roumaine, comme on le sait, aprs une longue occupation turque sur une partie de son territoire, et austro-hongroise sur une autre, obtint son Žmancipation au Congrs de Paris en 1856, gr‰ce ˆ la nouvelle politique europŽenne de la France, voulue par lĠEmpereur NapolŽon III. Celui-ci proposa que les deux principautŽs roumaines Žlisent chacune un hospodar. Toujours ˆ lĠinitiative  de NapolŽon III, elles choisirent le mme gouverneur, le Prince Alexandre Cuza. [1] Le nouvel ƒtat, par la voix de son nouveau chef, le Prince Alexandre Cuza, qui rŽunissait, deux des quatre provinces roumaines, la Valachie et la Moldavie, proclama la constitution dĠune ƒglise Nationale Roumaine. La trs ancienne nation roumaine dans son accession nouvelle ˆ un Žtat souverain exigea de son ƒglise Locale la rupture totale avec lĠautoritŽ, hŽritŽe du pouvoir turc, le Patriarcat de Constantinople.  Le Patriarcat de Constantinople, comme on pouvait sĠy attendre,  rompit sa communion avec la nouvelle ƒglise AutocŽphale Roumaine, bien que des relations Žpistolaires continuassent dĠexister avec lĠune ou lĠautre des mŽtropoles roumaines. Les Roumains obtinrent canoniquement le 24 dŽcembre 1864 - 5 janvier 1865, et sans les conflits habituels, leur sŽparation du Patriarcat Serbe de Carlovitz  (aujourdĠhui disparu),  alors situŽ dans lĠEmpire Austro-Hongrois, dont le Synode Žrigeait une MŽtropole AutocŽphale de Transylvanie. CĠest cette date quĠil faudrait retenir comme celle de la premire autocŽphalie moderne de lĠƒglise Orthodoxe Roumaine. Son Sige Žtait alors ˆ Hermannstaad[2]. Il est ˆ noter que cette autocŽphalie accordŽe par le Patriarcat de Carlovitz, est lĠune des trs rares dans lĠhistoire moderne, ˆ avoir ŽtŽ rŽalisŽe sans schisme. Le Patriarcat Serbe de Carlovitz qui, en Žmigrant dans lĠEmpire Austro-Hongrois,  Žtant placŽ en dehors de lĠinfluence de lĠEmpire Turc, Žchappait ainsi ˆ celle de Constantinople, et ne pouvait donc subir aucune pression de la part de la Grande ƒglise. CĠest pourquoi cette autocŽphalie demeure un fait unique dans lĠhistoire de lĠƒglise de cette Žpoque. Elle constitue mme une jurisprudence canonique qui sĠapplique aujourdĠhui parfaitement aux situations de certaines nouvelles ƒglises orthodoxes locales. Les Roumains de Bucovine obtinrent neuf ans aprs, du mme patriarcat de Carlovitz, une autocŽphalie semblable. Ainsi, ces premires autocŽphalies roumaines ne devaient-elles rien ˆ Constantinople. Elles ne furent pas reconnues par Constantinople. Il faudra attendre le Tomos patriarcal de 1885 pour que la communion entre ces ƒglises soit rŽtablie : Le schisme aura une durŽe de 21 ans. LĠƒglise Roumaine, comme aujourdĠhui lĠƒglise dĠUkraine, avait ŽtŽ considŽrŽe comme schismatique durant toute cette pŽriode ! È (MŽtropolite Michel, La question dŽrangeante de lĠAutocŽphalie dans lĠhistoire de lĠƒglise Orthodoxe, Mars 2017

Je veux, en terminant, illustrer mon propos avec une parabole : Ç Un homme descendait de JŽrusalem ˆ JŽricho, et il tomba au milieu de brigands qui, aprs lĠavoir dŽpouillŽ et rouŽ de coups, sĠen allrent le laissant ˆ demi mort. Un prtre vint ˆ descendre par ce chemin lˆ ; il le vit et passa outre. Pareillement un lŽvite survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un Samaritain, qui Žtait en voyage, arriva prs de lui, le vit et fut pris de pitiŽ. Il sĠapprocha, banda ses plaiesÉ È (Lc 10, 30-37). Je crois quĠon peut nous appliquer ce texte et en tirer une leon. Je nous identifie ˆ cet homme, les brigands sont ceux qui ont voulu notre perte, (quelquĠun a mme dit : Il faut abattre le Pre Cyrille), Le clergŽ sĠaccrochant ˆ une certaine comprŽhension des canons nous ont laissŽ tomber, aucun effort nĠa ŽtŽ mis pour empcher ce qui est arrivŽ. Un schismatique, cĠest ainsi quĠon nommait les Samaritains, est venu et nous a fait retrouver le Christ dans le geste de lĠamour. Ç Lˆ o est la charitŽ et lĠamour Dieu est È et en corollaire lˆ o la charitŽ est morte Dieu est absent. Peut-on nous reprocher de vouloir garder un lien avec le Samaritain ?

Enfin, je ne contesterai pas le jugement de la cour spirituelle. Il est juste et fondŽ, cĠest le dŽbat qui est faussŽ. Je reste convaincu que ce conflit avait dĠautres issues si les autoritŽs responsables avaient voulu intervenir. En quelques mois on a vu sĠeffondrer un projet prometteur construit pendant dix ans, dans une belle complicitŽ et au prix de grands efforts. Malheureusement, nous savons que la persŽcution ne sĠarrtera pas lˆ. Le communiquŽ nous montre quĠon est encore loin des excuses et de la reconnaissance des responsabilitŽs. Ce nĠest pas seulement le monastre qui souffrira de ce qui arrive mais la communautŽ roumaine dans son ensemble. Je le rŽpte encore les murs entre nous ne seront pas ˆ Wentworth.  Ainsi que Dieu nous vienne en aide et sa sainte Mre.

Christ est ressuscitŽ !

Archimandrite Cyrille

 

 

 



[1] CĠest toujours la France qui en 1866, recommandera la dŽsignation, comme future Roi de Roumanie, de Charles de Hohenzollern, dont descend lĠactuel Roi, Michel.

[2] AujourdĠhui la ville de Timisoara en Roumanie.